The Handmaids Tale S3 posterL'annonce d'une quatrième saison en plein milieu de la diffusion de cette troisième a eu l'effet d'une douche froide sur la plupart des fans - dont nous sommes - de "The Handmaid's Tale", une série de haut niveau dont on redoute forcément ce déclin qualitatif qui survient dans la grande majorité des cas lorsque production et showrunners persistent à étendre une histoire au-delà de sa "durée naturelle". C'est que la première partie de cette saison, qui voit June se réinsérer dans l'enfer de Gilead après sa tentative d'évasion, donne trop l'impression de reproduire ce que nous avons tant aimé dans les débuts de "The Handmaid's Tale" pour ne pas nous décevoir un peu, malgré la toujours éprouvante peinture du totalitarisme qu'elle propose.

Ce surplace préoccupant d'une oeuvre que nous avons tant aimée (... et redoutée, aussi...) n'est que temporaire, et permet, à mi-saison, aux scénaristes d'introduire leur double sujet : d'une part, l'existence - inévitable au sein de tout système politique et social extrémiste - d'une résistance souterraine qui réunit des femmes de toutes les couches de la société, d'autre part la mutation de June, toujours magnifiquement incarnée par une Elisabeth Moss souvent littéralement monstrueuse, de victime hébétée à conspiratrice implacable. Alors que Gilead poursuit sa course insensée vers l'inhumanité - le passage des personnages à Washington proposant une vision encore plus terrifiante d'une société religieuse totalitaire aussi insensée que parfaitement "logique" -, les femmes n'ont en effet que le choix, littéralement intenable, entre folie ou cruauté ("ce sont les plus cruels qui gagnent" sera la justification finale de June pour ses actions de plus en plus radicales...).

Nombreux seront ceux qui, comme nous, renâcleront un peu devant l'invraisemblance croissante de certaines situations, dans une série dont la rigueur logique - et psychologique - avait toujours répondu à la rigueur formelle de ses images régulièrement magnifiques dans leur organisation géométrique et chromatique. Heureusement, ces incohérences, ces facilités scénaristiques (les revirements et les trahisons de Serena, les négociations entre Gilead et le Canada, la "Grande Evasion"...), pour gênantes qu'elles soient, illustrent bien le délitement inévitable des individus et des 'institutions" dans une société qui fait fi des réalités élémentaires de l'être humain (ici, l'instinct maternel, mais aussi la nécessité de la jouissance).

La dernière partie de la saison, mettant (enfin, dira-t-on...) en scène la violence des opprimés envers les oppresseurs, est forcément jouissive : même à une échelle aussi "réduite", une indéniable catharsis a lieu, un peu du trop plein de la pression construite sur trois saisons a été relâchée. Les divers arcs narratifs sont parvenus à une conclusion satisfaisante, les dernières images, superbes, ont tout d'une parfaite conclusion suspendue à une série profondément marquante et qui a su garder une certaine intégrité intellectuelle en dépit de son indéniable succès.

On en revient donc à notre introduction : pourquoi donc faut-il une quatrième saison ?