Les_Metamorphoses_Le_Retour_a_la_terre_tome_6

Dix ans ont passé depuis la publication du cinquième tome du "Retour à la Terre", un tome plus faible que les autres, qui montrait la nécessité pour Larcenet et Ferri de "passer à autre chose"... Larcenet s'est lancé dans l'aventure colossale de se hisser à un autre niveau de BD, avec "Blast" puis avec "le Rapport de Broederick", loin de l'humour existentiel qui lui allait si bien. Ferri s'est engagé dans l'aventure Astérix, un défi dont on dit qu'il le relève bien (je ne sais pas, je ne suis pas allé voir, et je n'irai pas...). Et puis voilà que, sans crier gare, "les Métamorphoses" sortent en libraire : l'histoire reprend plus ou moins où on l'avait laissée, le trait s'est un peu modifié (absorbant certainement le résultat des récentes expériences graphiques plus extrêmes de Larcenet), mais pas significativement. Le format reste le même, celui de "double strips" constituant des gags indépendants, mais néanmoins inscrits dans la continuité d'une histoire...

... On se sent donc immédiatement en territoire connu avec cette galerie de personnages farfelus, voire même complètement délirants, et il est difficile de ne pas sourire, voire même rire franchement à l'occasion : Larssinet se débat toujours entre boulot et vie de famille, à peu près comme tout le monde, et le monde extérieur - Paris, sa maison d'édition - se rappelle occasionnellement à son souvenir, alors qu'il a désormais "fait son nid" dans cette campagne très profonde où la folie guette. Les incertitudes de l'Artiste quant à la réception qu'aura son "Blast", et le vague sentiment d'un danger immanent tirent légèrement "les Métamorphoses" vers la noirceur qui semble vraiment envahir l'univers de Larcenet... mais Ferri compense adroitement tout cela avec son humour plus consensuel.

On sort de cette lecture satisfait, mais avec une légère frustration : peut-être aurait-il été plus intéressant, quitte à relancer cette série que tout le monde croyait défunte, de l'emmener plus franchement vers l'inconnu...