2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie (22)

21h10 : Nick Hemming et Christian Hardy, qui sont l’âme de The Leisure Society, sont enfin là, avec une petite dizaine de minutes de retard, soutenus par un trio violon – basse – batterie un tantinet anonyme, et bien sûr sans la flûtiste Helen Whitaker, dont le départ du groupe et de la vie de Nick a généré l’inspiration pléthorique ayant donné naissance au nouveau double album.

L’enchaînement en intro du trio gagnant You’ve Got the Universe, A Bird a Bee Humanity et God Has taken a Vacation confirme que nous sommes ici pour assister à une célébration de “Arrivals & Departures”, dont onze morceaux seront joués ce soir, au cours d’une set d’une heure vingt-cinq qui laissera donc assez peu de place à des flashbacks sur la discographie passée du groupe. Le son est parfait, la voix bien audible (ce qui n’est pas toujours le cas à la Maroquinerie quand on est au premier rang), et Nick, initialement légèrement sur la réserve, semble se détendre peu à peu : ce premier concert en France marque le début d’une nouvelle tournée, et il y a peut-être une certaine nervosité quant à la réception que le groupe recevra hors de son bastion anglais. L’enthousiasme du public ce soir va clairement rasséréner Nick, qui finira par déclarer qu’il devrait débuter toutes ses tournées par Paris…

Les singles historiques de “Sleeper”, Save It for Someone Who Cares et The Last of the Melting Snow vont ensuite permettre à ceux qui ne seraient pas familiers avec le dernier album de recoller au peloton, mais force est de constater que, malgré toute la bonne volonté de part et d’autre, quelque chose… manque dans cette interprétation sage, fidèle aux versions originales, de chansons qui ont été écrites, composées pour exprimer des sentiments fragiles. On ne peut pas s’empêcher de comparer la relative platitude de ce set avec le petit miracle de ysé sauvage : cette fois, la magie n’opère pas. Oh, il est difficile de ne pas aimer ces mélodies à la fois tendres et sophistiquées, mais finalement, on en arrive à se dire qu’on aurait été aussi bien chez soi à écouter les disques ! Je regarde autour de moi, et je constate que, entre les gens qui jettent un coup d’œil régulier à leur portable et ceux qui discutent discrètement, il est difficile de sentir un niveau d’intérêt élevé, sans même parler de passion envers ce concert.

2019 09 11 The Leisure Society Maroquinerie (4)

La transcription en live d’une musique délicate est évidemment un défi, et le format groupe (…à moins qu’il ne s’agisse de la réserve de Nick qui n’est pas un showman, ni même un artiste simplement un peu charismatique) n’aide pas. Le set ne manquera néanmoins pas de beaux moments – je retiendrai pour la part un touchant Leave me to Sleep – et se terminera (presque) sur une version énergique de Dust on the Dancefloor, qui déversera enfin un peu d’énergie et de festivité sur le public de la Maro. A l’inverse, Beat of a Drum, si efficace sur l’album, sera un véritable flop pour refermer le set.

Le rappel, tout en sensibilité avec I’ll pay for It Now, interprété aux claviers à quatre mains par Nick et Christian, et le mémorable Arrivals & Departures, se conclura sur l’inévitable A Matter of Time, qui nous fera (enfin) chanter avec Nick.

Nous sortons de cette soirée avec un sentiment mitigé : si les chansons sont belles, si la voix de Nick est impeccable, il nous a semblé que The Leisure Society n’ont pas (encore…) trouvé la manière satisfaisante de transposer l’univers sensible de “Arrivals & Departures” sur scène. Gageons qu’au fil de la tournée, ils trouveront le bon équilibre entre respect des chansons et partage avec le public. Un ami me disait à un moment que The Leisure Society lui rappelaient les Nits, et cette comparaison illustre parfaitement la distance qui sépare scéniquement les talentueux Hollandais, qui sont capables de rendre explosive sur scène la moindre mélodie mélancolique, de nos Anglais, qui semblent encore, dix ans après leurs débuts, à la recherche de la bonne formule…