Big Little Lies S2 posterSi l'on admet que "Big Little Lies" est devenu une sorte de "Desperate Housewives" de luxe des années 2010, c'est-à-dire avant tout profondément dépressif, on peut prendre un certain plaisir à une histoire qui n'est (heureusement) plus centrée sur l'énigme de la découverte en flashback d'un événement traumatisant, nous évitant l'irritante répétition d'un procédé artificiel qui avait déjà à l'époque coulé la crédibilité de "Damages", par exemple : les scénaristes ont judicieusement opté cette fois pour la description patiente de l'impact des événements de la première saison sur chacune de nos cinq "héroïnes", et surtout des mensonges qui leur ont permis d'y "survivre". Finalement, l'intérêt vient d'abord ici de cette question, logique mais pas si habituellement traitée dans les suites de films ou même dans les séries : qu'est-ce qui se passe après le mot "FIN" d'une histoire ? Et peut-on envisager un retour "à la normale" ?

Que les réponses apportées ici soient profondément négatives est à la fois rassurant et quelque part un peu trop "moral", au sens très américain' du terme pour que nous puissions adhérer totalement à cette seconde saison. Entre un sentiment de culpabilité fort convenu et l'immanence d'une sorte de justice divine qui pallierait la déficience de la justice des hommes, on est bien là en plein milieu du territoire coutumier de la fiction puritaine américaine, et le dernier plan, extrêmement décevant, conclut tristement une histoire qu'on aurait souhaitée plus audacieuse. Car on est finalement passé dans cette seconde saison de la dénonciation militante de la violence faite aux femmes - nécessitant une réponse proportionnelle de leur part - à l'habituel gloubi-boulga pseudo-psychanalytique explorant les traumatismes des relations parents-enfants : pas de quoi se sentir vraiment excités, donc...

Pourtant, il y a une vraie raison de regarder cette seconde saison, et ce n'est pas la découverte du "nouveau" visage de Nicole Kidman, encore recréé par la magie du bistouri... C'est la présence, une fois de plus stupéfiante, de Meryl Steep au casting : dans le rôle d'un nouveau personnage, moteur de la fiction, elle est tout simplement exceptionnelle, mettant son incroyable talent au service d'un registre inhabituel pour elle. Totalement haïssable et pourtant bouleversante de simple humanité - avec ce mélange parfait de faiblesses et de grandeur -, Meryl Streep crée ici un extraordinaire personnage de "méchante" qu'on n'oubliera pas de si tôt, au point que, plus encore que le joli climax lors d'une habituelle "scène de procès" dans le dernier épisode, c'est elle qui constitue la vraie bonne raison de regarder cette saison de "Big Little Lies".