Le Dernier Pharaon

J'ai une question : vu l'incroyable richesse de la BD contemporaine, que l'on parle de BD franco-belge, de mangas ou de comics, et surtout de ces romans graphiques qui essaiment miraculeusement un peu partout dans le monde, ne serait-il pas temps de faire le deuil de nos chers Blake & Mortimer, Lucky Luke, Spirou, Astérix, Alix, Corto Maltese, etc. ? D'admettre que leurs auteurs sont morts et enterrés depuis longtemps, et que les tomes originaux de leurs aventures se suffisent bien à eux-mêmes, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter quoi que ce soit, surtout d'un tel niveau de médiocrité en général qu'on ne fait qu'abimer les merveilleux souvenirs de l'âge d'or de ces héros mythiques ? Bien sûr, le marketing nécrophile se repait de cette survie artificielle des icones, et les têtes de gondoles dans les derniers « magasins physiques » sont encore principalement consacrés à ces avatars monstrueux, qui ne servent qu'à faire raquer un chaland crédule espérant revivre un passé englouti.

Tout cela pour dire que ce "Dernier Pharaon", hors-série "Blake et Mortimer" commis par les pourtant respectables Schuiten et Van Dormael, est une véritable purge, un assemblage incompréhensible de concepts de "haute volée" frôlant l’ineptie totale, de situations absurdes qui se dénouent comme par enchantement, et de personnages spectraux qui n’expriment absolument rien d’engageant pour le lecteur. Si l’on arrive à terminer la lecture de ce "Dernier Pharaon", non sans mal d’ailleurs (il m’a fallu m’y reprendre à quatre fois pour trouver le courage de le lire jusqu’au bout…), c’est pour le plaisir du dessin de Schuiten, toujours impeccable architecte – un tantinet pompier, mais bon… -, dessin par ailleurs partiellement gâché par un choix de couleurs peu pertinent. Car ce foutu scénario, écrit à six mains (jamais bon, ça !) patine rapidement après quelques premières pages intrigantes : rien n'a de véritable intérêt, rien n’a de sens dans cette uchronie écolo-apocalyptique, qui se résout avec une facilité risible quand on considère le nombre d’incohérences accumulées dans la conclusion.

Le pire est peut-être néanmoins l’absence de la moindre ressemblance entre les personnages de ce triste ouvrage avec les fameux Blake et Mortimer, et ce n’est pas le lien forcé effectué avec le "Mystère de la Grande Pyramide" qui peut rectifier le tir.

Une véritable catastrophe.