Let_s_Rock

Ça devait arriver, parce que ça arrive à tout le monde : plus d'inspiration, plus de plaisir à jouer de la musique. Alors on compose un album comme d'autres vont pointer à l'usine, pour se nourrir, pour faire quelque chose, pour exister. On emballe le tout dans une pochette mensongère - personne ne risque l'électrocution ici ! - et sous un titre qui confirme les conneries qu'on raconte aux journalistes : retour aux bases, retour au rock, retour au duo et à l'amitié. Les journalistes, dociles, vont répéter tout ça dans leurs articles.

Les fans, qui attendent toujours un nouveau "Brothers" ou une suite à "El Camino" se précipitent sur "Let's Rock" et n'en croient pas leurs oreilles : un disque impeccablement produit qui devrait sentir la graisse et le foutre, et qui ne sent rien du tout. Des poilus épilés, des machos castrés, des hell's angels en bicyclette, etc. etc. Des dizaines d'écoute plus tard, il faut bien l'admettre : les Black Keys ont tout perdu, et nous offrent une soupe diluée et tièdasse, avec en plus un vague arrière-goût de cet épouvantable soft rock californien des 70's qui revient, semble-t-il, à la mode. Les plus nostalgiques nous rétorqueront : oui, mais il y a quand même des bonnes chansons avec des mélodies qui fonctionnent ! A ceux-là, ces optimistes condamnés à une certaine naïveté, les experts - dont je ne prétends pas être - démontreront que nombre des chansons ici sont librement "inspirées" de classiques (de Steely Dan, de T Rex, des Isley Brothers...). Ce qui, répétons-le, ne serait pas un problème si l'on percevait dans ces morceaux - que nous qualifierons gentiment "d'agréables" - le moindre souffle de vie.

Bref, à force de ne rien changer à une "formule qui gagne" (honnêtement, les efforts de Danger Mouse n'ont eu qu'un impact minimal sur leur musique...), les Black Keys l'ont épuisée. Ou bien se sont eux-mêmes épuisés.

Ce disque est un triste aveux d'impuissance, vilainement dissimulé derrière les mensonges usés d'un Marketing au petit pied. "Let's Rock ?". Pas avec vous, les gars, pas avec vous !