Yesterday affiche

"Yesterday" est un plagiat : j'ai moi-même inventé cette histoire quand j'avais quinze ans, sauf que je retournais dans le temps et remplaçais à moi seul les Beatles quelques mois avant que les idées de leurs chansons ne leur viennent à l'esprit. Et je n'en ressentais aucune culpabilité. Et je ne perdais pas mes dents. Sinon, tout pareil. Je me demande quand même comment est-ce que Richard Curtis a récupéré mes vieux cahiers de lycéen.

"Yesterday" est une confirmation (1) : Danny Boyle est un âne bâté, certainement le pire réalisateur en activité (avec Luc Besson, bon, je vous l'accorde !), et il n'y a guère de scènes ici où l'on ne soit pas consterné par ses choix "esthétiques" ou de mise en scène. On sait bien qu'il faut fuir tout film signé par lui, mais on est d'abord venu voir un film scénarisé par Richard Curtis.

"Yesterday" est une confirmation (2) : les meilleures recettes s'usent avec le temps, et le tour de main de Curtis pour nous concocter une feelgood story avec histoire d'amour froissée, personnages qui ont du mal à communiquer, side kicks hilarants, le tout dans l'Angleterre traditionnelle déprimante mais tellement drôle a fini par ne plus fonctionner. La scène de rédemption à Wembley est une véritable horreur qui décrédibilise totalement le film.

"Yesterday" est un film sur les Beatles : il aurait pu même être le meilleur film sur les Beatles, malgré sa préférence excessive pour le versant McCartney de leur oeuvre, et en attendant le biopic probablement pourri qu'on nous infligera certainement un jour... Car il nous parle du plus important, de la manière dont leur musique s'est inscrite dans l'histoire de l'humanité, et donc dont elle nous manquerait si elle n'était pas là : ainsi, les deux plus beaux personnages du film sont les deux "zombies" pétrifiés par le "manque" qui hantent le film comme une menace, jusqu'à une triste révélation gentillette qui désamorce un peu cette belle idée. Amoureux de la Musique, j'ai régulièrement chaviré quand j'ai réalisé que, oui, ces chansons auraient pu ne pas exister… Sauf que bien entendu, ce n'est pas seulement Oasis qui n'aurait pas existé non plus, mais un bon 50% de la musique contemporaine.

"Yesterday" est un film sur la musique contemporaine : malgré la charge caricaturale contre l'inhumanité de l'industrie avec le personnage excessif de la manager / productrice, il répète des choses amusantes sur ce qui reste de la musique "populaire" de nos jours : des hits produits par des think tanks, du marketing à outrance, et puis Coldplay (consternation !). Et Ed Sheeran est excellent quand il illustre le grand écart impossible entre les ambitions d'un artiste, qui reste finalement un artisan quand il compose, et la soumission aux diktats de l'industrie et d'un public choisissant souvent la facilité.

"Yesterday" est une comédie : le film fonctionne bien quand il embrasse complètement les conséquences de son principe "uchronique", par exemple avec le gag récurrent de la découverte par notre héros de l'absence de "piliers" (considéré comme "acquis") de notre culture... mais c'est un axe qui aurait mérité d'être plus travaillé pour sortir "Yesterday" d'une certaine "banalité molle". Il y a par exemple cette piste - à la fois très drôle et angoissante - de l'insuccès initial des chansons, insuccès qui aurait pu constituer un sujet formidable, mêlant réflexion et drôlerie, sur la relativité de l'Art et sa soumission aux modes et aux concepts d'actualité et de modernité.

"Yesterday" est un feel good movie : impossible quand même de ne pas avoir envie de chanter "Obladi Oblada" avec les enfants à la toute fin du film. C'est un peu honteux (d'autant qu'on ne parle pas de la meilleure chanson du répertoire de Lennon / McCartney...), comme toujours, mais ça nous permet de sortir de la salle pas trop déçus.