Luther S5 poster

Il faut bien se rendre à l’évidence, peu de séries TV résistent bien au temps qui passe et qui use progressivement et l’imagination des scénaristes, et notre patience par rapport à des personnages que l’on a un jour aimés pour leur originalité et qui ont fini par devenir des clichés. "Luther", petite série anglaise produite par la toujours passionnante BBC, avait fait son petit effet à son apparition en 2010 : d’une part, elle donnait le beau rôle à un Idris Elba iconisé par son personnage de Stinger Bell de l’immortelle "The Wire" (et dont on avait oublié pour le coup qu’il était bel et bien un acteur anglais !) ; de l’autre, au-delà de ses scénarios un peu trop conventionnels, conjuguant flic « à problèmes » et serial killers envahissants, elle construisait un personnage inhabituel de psychopathe féminin, bien porté par une Ruth Wilson très intrigante.

Neuf ans plus tard, alors qu’on en est à la cinquième saison (avec les quatre épisodes quasi-rituels de 1 heure chacun…), que peut-on dire de cette série qui n'ait pas été déjà dit ? Eh bien, rien de nouveau, malheureusement, cette cinquième fournée des aventures de notre flic névrosé - et très fatigué, et désormais vieillissant - reprenant une fois encore (soupir !) à la fois les thèmes et la structure des quatre saisons précédentes : nous avons donc droit aux habituelles deux intrigues distinctes se déroulant en parallèle (dont la gestion simultanée s'avère particulièrement difficile - et pour Luther, et pour les scénaristes / réalisateurs), au sérial killer de service, d'abord très effrayant dans un premier épisode très réussi, mais qui perd peu à peu son intérêt jusqu'à un final bâclé, et enfin au retour d'Alice Morgan, ce personnage-clé de la série, mais qui, pour la première fois, ne fonctionne pas très bien… Est-ce dû à un coup de fatigue de l'actrice, Ruth Wilson, nettement moins intense et troublante que par le passé, ou bien, logiquement, à l'usure inévitable d'un personnage par trop outrancier et improbable ?

La relation entre Luther et le caïd de la pègre londonienne, bien campé par un Patrick Malahide à la fois inquiétant et touchant, construite lors de la saison précédente, reste l'élément le plus convaincant du récit, mais on appréciera une conclusion très noire et finalement improbablement romantique, matérialisant la force de l'amour psychotique d'Alice dans un dernier geste désespéré qui mériterait de conclure définitivement cette série ayant clairement dépassé - et depuis longtemps - sa date de péremption.