sibyl afficheJ'étais resté assez sceptique devant "Victoria", qui m'avait semblé artificiel, voire peu crédible, en dépit de l'enthousiasme critique général, et ce désastreux "Sibyl" vient malheureusement confirmer toutes mes craintes : véritable pensum d'une lourdeur accablante et d'une prétention absurde, le nouveau Justine Triet concentre comme volontairement tous les défauts les plus caricaturaux du mauvais cinéma d'auteur français (je ne parle évidemment pas ici de gens de talent comme Desplechin, Mazuy ou Honoré !).

Triet part d'un script à la complexité totalement contre-productive, accumulant les poncifs : entre rapport difficile à la mère, addiction à l'alcool, crise de créativité littéraire qui se nourrit de la vie réelle de l'écrivain, rupture auto-destructrice des règles de la psychanalyse, contamination d'un tournage de film par la vie privée de ses acteurs, chagrin d'amour incurable... n'en jetez plus, il doit s'agir d'un record en la matière ! Le tout, inévitablement, à force d'additionner excès de pathos et dérives en tous genres, se mue en une imparable soustraction d'émotions, laissant le spectateur de glace.

Sans doute consciente de l'infinie maladresse de son scénario, Triet mise en désespoir de cause sur deux choses : l'interprétation de Virginie Efira, qui prouve une fois de plus ici sa crédibilité totale dans de nombreuses scènes exigeantes physiquement, et une mise en scène extrêmement raffinée, construisant à partir d'une narration fragmentée et de jolies intuitions esthétiques un labyrinthe de sensations parfois plaisantes, mais inévitablement vaines, à la longue. On peut ainsi tiquer devant la référence injustifiée au "Stromboli" de Rosselini (d'ailleurs Triet se rend bien compte de la coquetterie de ce dépaysement "gratuit" - mais qui a dû peser sur le budget du film - posant ouvertement la question de sa raison dans un moment méta assez drôle), mais surtout se désoler de voir la maîtrise technique devoir parer au manque de pertinence du sujet du film.

On réalise également très vite que, hormis Virginie Efira sur qui Triet s'est clairement investie, le reste du casting est littéralement à la dérive, de Adèle Exarchopoulos qui tourne en rond d'une scène hystérique à une autre à Gaspard Ulliel pour la première fois mauvais à l'écran, en passant par un Paul Hamy incapable de réciter la moindre ligne de texte de manière crédible.

"Sibyl" en irritera plus d'un par sa complaisance envers un certain milieu bourgeois parisien - psychanalystes, acteurs, écrivains constituent visiblement l'unique microcosme digne de souffrir avec élégance -, mais est surtout un quasi naufrage : un film prétentieux, vain et inefficace, envers lequel il me semble impossible de faire preuve de la moindre indulgence.