The Dead Dont Die affiche

Il est difficile de rester impavide, quand on est un fan de Jim Jarmusch depuis ses premiers films, devant la véritable catastrophe industrielle que représente ce "The Dead Don't Die", qui constitue à la fois la suite (trop) logique de la réflexion de plus en plus réac de notre très cher rockeur devant l'évolution du monde, et la négation complète de tout son cinéma, un cinéma merveilleux de subtilité et de poésie, dépassant systématiquement le sujet de ses films pour nous emporter vers une splendide et palpitante humanité.

Ce film est un désastre, car il se plante sur tous les tableaux. D'abord, en appliquant le modèle du "film de zombie" à une critique de la société de consommation, il ne fait absolument rien de plus ou de mieux (en fait il le fait beaucoup moins bien…) que Romero avec son "Zombie" datant quand même de 1978, qui utilisait le mythe moderne du mort-vivant exactement de la même manière. "Le zombie offre une représentation grotesque de l'individu consommateur, stade ultime d'une humanité ayant cédé à la logique consumériste et à son désir pulsionnel de possession et d'accumulation" (Géographie Zombie - les Ruines du Capitalisme, de Manouk Borzakian). Ce n'est pas la modernisation "humoristique" de la recherche du café, du WiFi ou d'un verre de Chardonnay qui ajoute quoi que ce soit à l'affaire, Jim ! Et rajouter par là-dessus une déclaration politique anti-Trump, et sa politique énergétique dévastatrice, ne revient qu'à adresser un clin d'œil facile à son public déjà convaincu, aux USA comme en Europe.

Ensuite, force est de constater que le fameux "style" de Jarmusch, ce rythme indolent et cette contemplation distanciée de l'humanité se révèle totalement incompatible avec le scénario - ultra-classique - de l'invasion des morts-vivants. Incapable de générer de la tension et de l'angoisse, le film ne brasse que du vent, des stéréotypes - accentués par les innombrables citations et références à notre cinéphilie à tous - et surtout, un incommensurable ennui, mêlé à un horrible sentiment de gêne devant ce que sont forcés de faire ici d'excellents acteurs, quasiment tous pathétiques (involontairement). Ce ne sera que dans les dix dernières minutes du film que Jarmusch semble se ressaisir, en offrant à son couple de flics un combat qui génère enfin un minimum de tension. Ce pourrait être une fin honorable à un film qui ne l'est pas, mais Jarmusch vient tout gâcher avec les commentaires redondants d'un Tom Waits qui lui sert (inutilement) de représentant au sein d'un film auquel, visiblement, il ne croyait aucunement.

Oui, finalement, c'est ce manque de croyance dans le cinéma, de la part d'un réalisateur qu'on aurait juré passionné et éthiquement intègre, qui nous blesse autant : entre les vannes "méta" pitoyables (la musique, le script, etc.) et le laisser-aller général au profit de ricanements médiocres, on n'aurait jamais pu imaginer que Jarmusch tombe aussi bas.