Chambers poster

Nombreuses sont les séries actuelles qui s’appuient sur un argument fantastique, et toutes aussi nombreuses celles qui, quel que soit leur genre, sont avant tout destinées à un public adolescent. "Chambers", une création Netflix qui a bénéficié de l’implication d’Uma Thurman – qui y joue d’ailleurs un rôle important, même si un peu trop monocorde pour que l’on puisse parler de retour au premier plan de l’actrice -, joue sur ces deux tableaux et sera donc reçue avec des réserves justifiées.

Pourtant, au-delà d’un pitch pas très passionnant qui tourne autour de Sasha, une adolescente victime d’une crise cardiaque et désormais comme « possédée » par la personnalité assez déviante de la donneuse du nouveau cœur qu’on lui a greffé, il y a suffisamment d’originalité dans le script de "Chambers" pour justifier notre intérêt : tout part du choix – assez peu courant, il faut le reconnaître – d’un personnage principal d’origine « native indian », comme on dit là-bas, qui permet certes de raccrocher au passage un peu de mystique indienne, mais qui offre surtout au récit un contre-champ « prolétarien » bienvenu, nous changeant de l’habituel microcosme blanc-aisé qui est le contexte de la grande majorité des séries TV US. A partir de là, on peut imaginer que le propos du film, pas très original mais valide, est de mettre en perspective à travers le va-et-vient de Sasha entre son milieu social et ses nouveaux « parents » riches et éduqués, tout ce qui sépare et tout ce qui rassemble aussi deux couches de la société aussi radicalement différentes… Aux traditions primitives indiennes répond ainsi la fascination américaine pour les cultes new age en tous genres, aussi ineptes que dangereux.

Après une première partie très convenue en forme d’enquête sur la mort accidentelle – ou non – d’une adolescente, conduite bien sûr au sein du collège, et qui nous vaut de voir défiler tous les stéréotypes du genre, "Chambers" s’oriente franchement vers le fantastique et l’horreur en se centrant sur les activités d’une secte, et débouche sur un final horrifique pas non plus très original, mais qui a au moins le mérite de conclure joliment le récit. On a d’ailleurs parlé d’une éventuelle seconde saison, ce qui aurait ruiné l’effet de cette conclusion efficace, et il vaut certes mieux en rester là.

Car "Chambers" bénéficie surtout d’une mise en scène et d’une photographie raffinées, ainsi que d’une interprétation qui ne démérite pas, mais souffre terriblement de ce syndrome actuel de nombre de séries TV : une longueur excessive, les épisodes se succédant sans que l’intrigue progresse sensiblement, ce qui fait qu’il est aisé de s’irriter, de décrocher, voire même de somnoler devant le rythme de sénateur choisi par les scénaristes pour tenir la distance des 10 épisodes de 45 minutes… Alors que, si l’on y réfléchit bien, tout cela aurait bien pu tenir dans un film de moins de deux heures sans qu’on y perde grand-chose !

Bref, une série qui ne manque pas de mérites, mais que l’on déconseillera fortement aux impatients !