Whoosh

La fin des années 80 et les années 90 ne furent pas des plus réjouissantes, les artistes les plus significatifs de l'époque (Nirvana, Nick Cave, Massive Attack...) distillant un mal-être et une rage contre leur époque, certes prémonitoires mais assez plombantes. Heureusement nous pouvions aussi prendre une bonne bouffée d'oxygène et une dose d'allégresse pop en écoutant- en boucle - la radieuse musique produite depuis une dizaine d'années, à l'autre bout du monde, par des groupes néo-zélandais comme The Clean, The Chills ou The Bats, qui recyclaient les idées du Velvet, de Jonathan Richman ou des Feelies en y injectant des mélodies lumineuses. Cela s'approchait de la définition du bonheur parfait, mais cela ne convainquit malheureusement pas grand monde sur la planète.

Il reste pourtant plus de 30 ans après des traces de cette musique dans un pays voisin, l'Australie, où de très jeunes gens redécouvrent la joie de chanter faux des morceaux joyeusement mélancoliques sur des rythmiques obsessionnelles (Moe Tucker reste LA référence indépassable en la matière) mais parfois énervées et des guitares artisanales qui carillonnaient comme chez les Byrds de la première époque. En 2018, on avait aimé The Goon Sax, et voilà qu'on découvre The Stroppies, de Melbourne, qui font encore un peu mieux dans le même genre...

Après une intro qui nous rappelle sans honte combien les Feelies furent un groupe essentiel ("Nothing At All"), "Whoosh" décline sous toutes ses formes un indie rock bricolé mais têtu, qui persiste à croire qu'une bonne chanson toute simple, jouée avec légèreté et énergie peut changer des vies. Et des bonnes chansons, il y en a plus sur cet album que sur la quasi-totalité des albums de Rock parus le mois dernier : "Cellophane Car", "First Time Around", au hasard, sont parfaitement irrésistibles, tandis que la très étonnante "Entropy" montre que le groupe pourrait aller explorer aisément d'autres territoires. De tels morceaux auraient sans doute, en des temps plus joyeux, propulsé le groupe en couverture de ces magazines musicaux qui faisaient la pluie et le beau temps et qui n'existent plus... Ou même pas, en fait, vu l'anonymat où ont végété leurs précurseurs du Dunedin Sound.

Mais, savez-vous, tout celà n'est pas si grave que ça : car le rayon de soleil que The Stroppies nous auront apporté au coeur d'un mois d'Avril désolé et glacial restera longtemps dans nos souvenirs.