2019 05 03 Weyes Blood Astrolabe (14)22h15 : changement complet et rapide du matériel (la taille de la scène dans la petite salle de L'Astrolabe ne permet guère de stocker le matériel de deux groupes...) et Natalie Mering est là, vêtue d’une manière très élégante, et assez formelle, d'un ensemble blanc un peu seventies. Elle est entourée de quatre musiciens qui constituent Weyes Blood : une bassiste souriante, qui a aussi la charge des backing vocals - tâche dont elle s'acquitte brillamment -, un guitariste un peu exilé tout à gauche dans l'obscurité, du fait de la configuration arrondie de la scène, mais qui œuvrera à la construction des atmosphères complexes de “Titanic Rising”, un claviériste tout à droite, et un batteur au centre. Natalie, elle, alternera entre guitare acoustique et claviers, mais se concentrera principalement sur son chant. Et quel chant ! Dès les premières mesures de A Lot’s Gonna Change, il est impossible de ne pas être saisi par la beauté de cette voix, qui se tient sur le fil d’une véritable perfection technique sans jamais aller sombrer dans les pénibles excès de nombreuses chanteuses “à voix”. Avec Weyes Blood, la priorité est clairement la transmission de l’émotion de la manière la plus pure possible. Je dirais même que, débarrassées de l’orchestration pléthorique de l’album et de ses prétentions à la fois cinématographiques et conceptuelles (le drame du Titanic, comme symbole de l’iniquité sociale, mais aussi le film de Cameron comme romance absolue, en gros…), les chansons trouvent dans un format plus simple une vérité plus convaincante.

Everyday, avec son rythme dansant et ses gimmicks accrocheurs, permet de faire une petite pause émotionnelle, avant l’envol spirituel d’Andromeda. Si le set est clairement consacré en grande partie au dernier album, les nostalgiques de la période précédente de Weyes Blood auront quelques (rares) titres plus anciens pour se réconforter, comme Seven Words… juste avant d’attaquer la pièce de résistance de la soirée, l’enchaînement des trois meilleures chansons de l’album, Miror Forever, Picture Me Better, et surtout le superbe Movies : au moment du break central de Movies, Natalie quittera sa veste, la jettera spectaculairement par terre pour pouvoir danser sur le beat de la seconde partie du morceau… Mais ce ne sera que pour la récupérer ensuite, l’épousseter soigneusement, la remettre et la reboutonner complètement. On comprend bien alors que Natalie ne va pas nous la jouer Rock’n’Roll performer, qu’elle est une jeune femme sage, probablement plus dans le contrôle que dans le délire scénique ! Ceci dit, à la fin de la chanson, elle nous félicite d’être Français et de faire du bon cinéma : quand elle nous demande si nous aimons Godard, je serai le seul à répondre franchement « Moi, Oui ! », ce qui la fera quand même rire, vue la stupéfaction du reste du public !

2019 05 03 Weyes Blood Astrolabe (15)Bon, je ne vais pas me faire que des amis, mais je trouve quand même que “Titanic Rising”, au-delà de sa production impressionnante, souffre de compositions pas très marquantes, en tout cas pas au niveau du talent vocal de Natalie. Et cette déficience mélodique va être paradoxalement soulignée par la sublime reprise du God Only Knows des Beach Boys que nous offre la jeune Californienne : sur une chanson de ce niveau, la voix de Natalie devient sublime, et on atteint le pic émotionnel de la soirée. Je me dis alors que le plus beau cadeau qu’elle puisse nous faire serait un bel album de reprises de classiques, non ?

La soirée se terminera dans l’allégresse générale avec deux extraits de “From Row Seat to Earth”, en particulier l’accrocheur Do You Need My Love… avant un dernier titre en acoustique et en solo, Bad Magic, très beau moment d’émotion dépouillée : « Get out of bed / put on some clothes / and find your shoes / at least there’s nothing more / you could really lose now, is there? » 

Après cette courte heure et quart à la fois calme et intense, il ne reste guère de doutes que Weyes Blood ira loin. Et que, avec quelques autres Parisiens ayant fait le déplacement ce soir à Orléans, nous n’avons pas perdu notre temps…

Ah, j’oubliais de mentionner le geste bien intentionné de Natalie, qui aura dédié d’entrée de jeu ce concert à Jeanne d’Arc, clin d’œil sympathique quand même aux Orléanais, mais aussi peut-être déclaration d’intention d’une artiste déterminée, féministe, et aux idées politiques engagées…