La sémantique couverture

« Avec les mots, on ne se méfie jamais suffisamment. » disait Céline, qui en connaissait un rayon sur le sujet. On parle beaucoup de nos jours du pouvoir des images, c’est leur faire beaucoup de crédit en fait : qui maîtrise les mots reste toujours aujourd’hui détenteur ou détentrice du pouvoir. Qui les utilise mal, qui les comprend de travers, qui ne sait pas s’en servir se retrouvera toujours au XXIème siècle au ban de là où se passent vraiment les choses qui comptent, et c’est sans doute la plus grande escroquerie de notre temps que de faire croire aux plus jeunes ou plus défavorisés qu’ils peuvent faire l’impasse sur le langage…

Comprendre le sens originel des mots, identifier leur origine, et à travers cette découverte – souvent amusante – de l’Histoire de notre langue, retrouver aussi le goût du jeu… tel est le défi – ambitieux – que tentait de relever, à petite dose à chaque fois, James dans l’une des rubriques les plus emblématiques de la Revue Dessinée. Une rubrique fondamentalement éducative, même si c’est un peu ringard aujourd’hui de dire que la BD peut avoir un rôle éducatif (vieille antienne des années 60, non ?) : pourtant, décrypter les distorsions, les trahisons, les manipulations dont ont été victimes les mots permet de comprendre mieux les mécanismes sociaux, voire souvent politiques, qui en furent la cause, et qui trahissent souvent une volonté de transformer sinon la réalité, mais tout du moins la manière dont nous l’exprimons, donc finalement la percevons.

On peut donc dire que James fait dans "la Sémantique c’est élastique" un travail d’éducateur, un travail important sans doute. Qu’il ait choisi de le faire avec humour et légèreté est une riche idée, même si l’humour n’est finalement pas ce qu’il y a de meilleur dans le livre : un peu triviaux, pas très fins, ou pire, pas très drôles, les mini-gags que James introduit ici, en guise de respiration au milieu de démonstrations que d’aucun trouveraient peut-être trop savantes (mais pas nous !), tombent finalement souvent à plat, et détournent trop notre attention de manière futile. De même, le dessin, malin mais quand même tout juste utilitaire, ne sera pas l’une des raisons pour lesquelles on aimera ce livre…

En refermant "La Sémantique c’est élastique", on se sentira stimulé, un peu plus cultivé (par rapport à certaines choses importantes et à bien d’autres un peu dérisoires)… Reconnaissant aussi envers James pour ce travail - original - auquel il s’est livré. Mais il n’empêche qu’on rêverait que ce soit ce bon vieil Achille Talon notre professeur de sémantique, ou bien même que ce cher Gotlib ait pu mettre - à sa grande époque – son grain de folie unique au service d’un sujet aussi riche !