2019 04 05 LANE Grange à Musique Creil (3)22h35 : L A N E (c’est-à-dire “Love And Noise Experiment”, comme le rappelle Eric Sourice en présentant le groupe), c’est quand même vraiment autre chose : un mur sonore imparable, construit par trois guitares implacables, et des mélodies accrocheuses, dans la belle tradition du “noise” des années 90. Ou si l’on veut, pour ceux qui se souviennent de cette époque, c’est un peu comme si Fugazi avait fait une croix sur leur extrémisme et gonflé leur son, puis adopté les préoccupations mélodiques de Hüsker Dü. Mais surtout, c’est le retour des Thugs, de nos grands Thugs transformés en affaire de famille, puisque la famille Sourice (Eric, Pierre-Yves et leur neveu / fils Félix) s’est alliée à la famille Belin (du groupe Daria) pour ce nouveau projet, étendant au XXIème siècle la vision radicale qui fut la leur - et surtout leur assura une renommée aux USA plutôt rare à l’époque pour un groupe français.

On démarre le set avec l’irrésistible Stand qui ouvre “A Shiny Day”, le premier album studio du groupe : Eric a perdu ses cheveux et changé de lunettes (tu m’étonnes…), mais reste exactement identique à l’image que nous avions gardée de lui depuis les concerts des Thugs en 1994, pas forcément très souriant, mais dégageant quelque chose d’à la fois convivial et péremptoire. Devant moi, Pierre-Yves, le pied appuyé sur le retour devant lui, est l’exemple type du bassiste rock classe, et pas souriant du tout, lui… A droite, Etienne sera mon véritable héros de la soirée, ses interventions à la guitare solo élevant à chaque fois les chansons de L A N E vers l’excellence.

2019 04 05 LANE Grange à Musique Creil (6)A partir de là, L A N E va nous offrir un peu plus d’une heure de rock sans concession, compact et bruyant – même si j’aurais apprécié un niveau sonore un tout petit peu plus élevé – et bourré de refrains faciles à reprendre en chœur. D’ailleurs la salle est quand même un tout petit peu plus remplie – on peut imaginer que nombre de fumeurs à l’extérieur sont rentrés attirés par le bruit ! -, et ce ne sera pas trop la honte du point de vue de l’ambiance. L’enchaînement Dirty Liar et A Dead Man’s Soul démontre d’ailleurs le potentiel – raisonnablement – commercial du groupe, qui sait trousser des morceaux accrocheurs, même si ce sont à mon goût les accélérations punks qui dévoilent complètement la puissance de frappe du groupe.

Mais c’est, comme espéré, le final sur Down The River qui est le sommet du set : voici un morceau réellement saisissant, qui s’éloigne un peu du reste des compositions du groupe, et va créer un superbe moment hypnotique, à la fois atmosphérique et excitant. Ce conte très noir d’un assassinat perpétré par des enfants nous engloutit progressivement dans un tourbillon sonore, conduit par la guitare véritablement enchantée d’Etienne, un tourbillon maléfique mais pourtant formidablement jouissif. Là, L A N E est vraiment GRAND. On ne peut qu’espérer qu’ils persévéreront dans cette voie un peu plus expérimentale.

Un rappel impeccable, dont on retiendra surtout un Requiem bien obsédant, et c’est fini. On s’auto-congratule au premier rang pour avoir été là ce soir, on échange des souvenirs de la belle époque des Thugs. Une fois encore, notre foi en la splendeur de la guitare électrique sort confortée du spectacle de cette belle troupe transgénérationnelle qu’est L A N E. Un groupe de notre époque, un groupe nécessaire.