My Beautiful Boy affiche

La drogue est un fléau. Qui peut emporter nos enfants, notre famille, sans que rien de ce que nous avons pu investir dans ces enfants ne puisse rien contre. La drogue, c'est donc l'horreur absolue, la crainte suprême pour toute mère, tout père aimant.

La drogue est donc un excellent sujet pour un livre ou un film, et, inévitablement, un sujet déjà largement traité sur le papier et à l'écran. Sur lequel il est difficile d'apporter un regard neuf, et donc de réaliser un objet qui soit en même temps une œuvre d'art valide et un "message" pertinent pour tous ceux qui ont lutté, luttent, lutteront contre ce fléau.

"My Beautiful Boy" est un film "américain indépendant" réalisé par un jeune auteur belge, Felix van Groeningen et réunissant un acteur confirmé dont le génie n'est désormais plus à prouver - Steve Carrell, impeccable donc, sans surprise - et un jeune acteur prometteur, Timothée Chalamet - cette fois totalement transparent, loupant largement l'incarnation d'une descente aux enfers qui restera donc totalement "théorique" pour nous.

"My Beautiful Boy" (titre "français" de "Beautiful Boy", soulignant à gros traits gras la volonté mélodramatique du film) est un ratage quasi-intégral, une véritable punition pour son spectateur forcé de subir deux heures de mièvrerie et de banalités terrifiantes, mis en scène avec une roublardise "dégueulasse" par un type qui n'a visiblement aucune "morale" cinématographique. Noyer la moindre possibilité de vérité d'une situation ou d'une réaction dans un déluge musical inepte et contre-sensique, morceler la narration en fragments de scènes pour bousculer la temporalité sans avoir la moindre idée de ce que ce bout-à-bout de moments peut apporter de plus à ce que l'on raconte, à ce que l'on veut transmettre, raffiner une photographie jusqu'à conférer à son film une esthétique de pub pour une assurance-vie ou un nouveau SUV… voilà ce que fait ici l'affreux van Groeningen : ni plus ni moins que cristalliser les tares du cinéma d'auteur contemporain, de la prépondérance de la forme - pourvu qu'elle soit consensuelle et vendeuse - à un mépris complet pour ses personnages et pour son sujet, du moment que le spectateur puisse s'extasier sur un pseudo savoir-faire général.

Pour couronner le tout, le film a été écrit sans aucune logique, allant et venant de manière incompréhensible entre le point de vue du père et celui du fils : il est inspiré des livres qu'on écrit séparément les deux protagonistes, car il s'agit bien sûr - Rhaaaaaaâââ, l'horreur ! - de l'une ce ces "histoires vraies" qui servent aujourd'hui systématiquement de ressort à un abject chantage à l'émotion. Il n'est venu à l'esprit de personne au sein de la brillante troupe de bras cassés qui ont fait "My Beautiful Boy" que l'absence de logique entre ce que l'on montre et ce que l'on sait, par rapport à ce que chacun des personnages fait, est l'une des erreurs qui tuent le plus sûrement la crédibilité d'un récit ?

Oui, la drogue est un fléau, et accessoirement l'un des plus grands défis que notre société affronte. Un fléau et un défi qui ne justifient aucunement un film d'une telle arrogance et d'une telle bêtise, film par ailleurs reçu - de manière incompréhensible - avec une complaisance douteuse par la majorité de la critique !

De quoi vraiment se désespérer…