2019 03 23 FEWS Boule Noire (11)21h10 : Ce qui est très sympa, c’est qu’on voit immédiatement que les musiciens de FEWS ont envie de jouer : alors qu’ils installent eux-mêmes leur matériel, le chanteur-guitariste à l’allure joviale (et au style capillaire original…) semble ne pas tenir en place, et particulièrement impatient de venir en découdre ! Ce qui nous change de l’arrogance imbécile de bien des jeunes groupes… L’autre bonne nouvelle, c’est que FEWS a accepté apparemment un peu de lumière sur la scène, ce qui nous permettra au moins de les voir et de prendre quelques photos, à la différence de leur passage au Zénith en 2016 !

Le concert démarre sur les chapeaux de roue avec un titre que je ne connais pas, mais se concentrera ensuite en quasi-intégralité sur les titres de l’excellent nouvel album du groupe, “Into Red“ : finalement, le principe conducteur de la musique de FEWS est clair, il s’agit de dynamiser le post-punk (tout en en conservant les caractéristiques les plus significatives, basse lourde, chant emphatique et guitare parcimonieuse mais facilement lyrique) en lui injectant une bonne dose de krautrock, voire de “motorik“ comme on disait à l’époque. Cette répétitive hypnotique, exacerbée sur scène par rapport aux versions studio des morceaux, porte la musique de FEWS vers d’occasionnels sommets de transe, et, lorsque le groupe accélère le rythme, elle devient particulièrement jouissive.

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Il est d’ailleurs étonnant de regarder la manière dont les musiciens jouent : aucun des quatre (deux guitaristes, un bassiste, un batteur) n’apparaît particulièrement virtuose, tout semble très peu technique, les riffs des deux guitares ont l’air excessivement simplistes, mais l’interaction entre tout cela produit un motif que l’on peut qualifier de particulièrement harmonieux, ou au moins de très efficace et entraînant. Il y a indiscutablement de la magie dans cette opération, et chaque chanson – ou presque, il y a quand même un petit passage à vide au milieu du set – transcende littéralement ses différents ingrédients. Le public de la Boule Noire est ravi, cela bouge même un peu au milieu, et les musiciens, souriants et décontractés, paraissent eux aussi apprécier la bonne ambiance de la soirée. Bref, ce n’est parce qu’on joue de la musique sombre et urgente qu’il faut faire la gueule, hein ?

On en arrive au bout du set, avec le morceau que tout le monde – enfin, moi – attend : Ill, le final paroxysmique (d’ailleurs au Zénith, j’avais pensé à ce moment-là au fracas shoegaze de My Bloody Valentine…) offert par ce long morceau totalement hypnotique et trépidant, qui résume parfaitement ce qu’il y a de meilleur chez FEWS. Voilà, c’est déjà fini, ça n’a duré qu’une petite heure, mais c’était parfaitement jouissif.

Il est difficile de dire si une musique aussi ambitieuse, exigeant avant tout que le public se laisse complètement aller dans les boucles rythmiques et les riffs tissés par les deux guitares, pourra rencontrer un succès moins confidentiel, mais il est certain qu’au prochain passage de FEWS à Paris, nous serons là dans la salle.