Le_Mystere_Henri_Pick affiche

Oh, que l'on aurait adoré aimer ce "Mystère Henri Pick", pouvoir opposer un cinéma populaire féru de littérature et de beau langage, célébrant l'intelligence, la culture, l'exigence créative même face à l'abêtissement programmé dans le cinéma commercial prônant le rire facile ou la violence décérébrée ! Oh, qu'on avait envie de voir le délicieux Luchini incarner une version doucement perverse de Bernard Pivot, avec tout le brio dont on le sait capable, lui qui, tout seul, se bat encore pour une certaine beauté de la langue française !

Ce qu'on n'avait pas vu venir, c'est l'inanité de la mise en scène du dénommé Rémi Bezançon, qui filme une énigme métaphysique (d'où vient l'inspiration ? quel est le mystère du talent ?) comme un téléfim "policier" de l'ORTF des années 70, préférant aligner dans des plans les plus paresseux possible des clichés rebattus sur la Bretagne, Paris, le monde littéraire, le Marketing tout-puissant, que sais-je encore... plutôt que de laisser jouer ses acteurs. Quand on a Luchini le flamboyant devant sa caméra, mais pourquoi donc lui demander d'éteindre la flamme de sa passion personnelle pour la littérature pour devenir une sorte de "Sherlock Holmes" usé, vidé de toute énergie, se permettant tout juste quelques commentaires mal venus de vieux séducteur sur le retour ? (Bon, il nous reste une minute d'un pastiche brillant du style de Marguerite Duras, qui donne une idée de ce que le film aurait pu être….) Pourquoi donc embaumer ce monde de l'Amour de la littérature dans un cadre aussi conformiste, aussi "petit" ? On espérait la retranscription à l'écran de la brûlure poétique de Pouchkine, et on n'a bien que… le "talent" littéraire miniature de David Foenkinos...

Car, reconnaissons-le, on tremblait à l'idée que le scénario était adapté d'une "œuvre" (ah ! ah ! ah ! long rire douloureux…) de l'écrivaillon consensuel Foenkinos… et on bien avait raison… Car la conclusion de ce film, tellement mesuré et de bon goût qu'il nous engourdit progressivement, est une véritable horreur : bien sûr, rassurons-nous, le talent littéraire ne saurait naître au milieu des pizzas ou des crêpes en Bretagne profonde, mais réside bel et bien toujours dans notre riche jeunesse bien éduquée et fréquentant les cercles littéraires parisiens. A chacun son métier et les vaches seront bien gardées...

Ce qu'on appelle une honte de film, et ce d'autant que nombreux seront ceux qui, comme nous, s'y seront précipités, le cœur rempli d'espoir…