2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale (2)20h55 : Pour qui, comme mois, n’a pas revu The Lemon Twigs depuis leur passage à l’Elysée Montmartre, il y a déjà deux ans, la métamorphose est saisissante : bien sûr, Brian et Michael sont à un jeune âge où deux ans de plus font physiquement une grosse différence, mais la nouvelle apparence de Michael, qui n’a plus son air d’adolescent fragile, est radicalement transformée. Oublié le look glam british 1972, Michael nous offre désormais une caricature du bad boy new-yorkais sexy des années 70, lunettes noires, blouson de cuir (et même casquette lorsqu’il pénètre sur scène), voix rauque... Les lèvres peintes en noir façon Lou Reed, il alterne les poses à la Mick Jagger – imitation convaincante -, et lorsqu’il se laisse aller dans des déhanchés outrés, il frôle même la provoc dandy de Johansen et Thunders chez les New York Dolls. C’est certes divertissant, et on peut espérer qu’il s’agisse là de second degré, parce que certains effets de mâchoire et de lèvres en deviennent presque effrayants !

Autre rupture très significative, exit les gentils copains Danny et Megan, les frères D’Addario ont recruté un vrai groupe, qui cogne particulièrement dur, et change radicalement le son des Lemon Twigs. Plus important encore, il y a désormais un batteur, ce qui dispense Michael et Brian d’officier derrière les fûts, et ramène le groupe à une structure beaucoup plus classique, avec les brothers se partageant le chant et le lead à la guitare. Brian est sans doute le seul point de stabilité, puisqu’il est resté le frère à la voix d’ange, et qu’il sera responsable à lui seul de 90% de la magie de la soirée. De la magie ou plutôt de ce qui en reste, car, pour reprendre les mots d’un jeune couple de fans un peu déçus à la sortie : « Michael s’est disqualifié depuis le début avec ses pitreries, mais Brian continue à nous mettre les larmes aux yeux avec sa voix… ». Je ne pense pas trouver une meilleure description de l’heure et vingt minutes passée ce soir à la Cigale avec les Lemon Twigs …

2019 03 04 The Lemon Twigs Cigale (22)… Car oui, sur cinq ou six chansons, on a tous frémit de plaisir devant ces mélodies miraculeuses, qu’elles soient extraites du dernier album, plus baroque, ou du premier, plus classique. Ces effets de voix, cette fantaisie, cette exubérance même sont un pur bonheur, voire la marque d’un groupe véritablement hors du commun. Par contre, chacun de ces bijoux était immanquablement suivi d’une démonstration de rock millésimé années 70 plutôt bas du front, qui lamine les qualités des compositions si fines des D’Addario : alors oui, on tape du pied et on secoue les cheveux longs (quand on en a), on peut même se dire (pour les plus vieux d’entre nous), « ah oui, je me souviens, c’est bien comme ça que le Rock sonnait en 1973 ! », quand on écoutait Steppenwolf ou Status Quo, mais bon dieu, on n’attend pas ça des Lemon Twigs… Même si c’est clairement comme ça que Michael prend son pied. Et heureusement, il y a de temps en temps un beau solo de guitare véritablement inspiré de Brian qui élève le tout, sinon…

Bon, de ces montagnes russes pour le moins éprouvantes, et pour nos nerfs et pour notre sang-froid, on retiendra donc des perles comme I Wanna Prove to You, Baby Baby, ou surtout les magnifiques Home of a Heart (The Woods) et If You Give Enough, la magnifique conclusion, lors d’un rappel dépouillé : deux chansons où le talent des frères atteint – oui, j’ose le dire, et même l’écrire – la splendeur d’un McCartney au sommet de sa forme.

On sort donc de la Cigale désillusionnés d’avoir vu un groupe aussi brillant se fourvoyer ainsi dans la facilité d’un spectacle bruyant et peu subtil. Une erreur qu’on a envie d’imputer au goût pour la frime et la provocation de Michael… et qui fait qu’on souhaiterait presque aujourd’hui que Brian poursuive plutôt une carrière solo…