2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (10)22h10 : Pat, sa femme Lety, et leur bassiste Blake – que je vais pouvoir voir et entendre bien mieux qu’à la Maro où j’étais placé à l’opposé de lui, entrent en scène. Pat salue Stéphane, qu’il s’étonne de voir à nouveau là, fidèle au poste, au premier rang, et se lance dans près d’une heure vingt d’un set furieux. Car, il faut le dire, contre toute attente, Pat peut tenir une heure vingt sans faiblir au rythme démentiel qu’il impose à son corps : une heure vingt de pirouettes, de sauts en l’air, de grands écarts, de roulades, et ce, SANS ARRETER UNE SEULE SECONDE !

The Schizophonics, c’est donc plus qu’un simple groupe de garage rock comme il y en a déjà tant eu d’excellents au cours des 50 dernières années. C’est plutôt le spectacle ultime, poussé à ses dernières extrémités, de la grandiose folie furieuse du Rock’n’Roll. Qu’il y ait trop peu de gens dans la salle, comme ce soir, n’entrave en rien la belle générosité d’un set quasi rituel, où tout se joue entre la musique, presque classique (excitante, jubilatoire, etc.) que Pat joue, et l’offrande de son corps aux dieux jamais satisfaits de l’électricité. Et, pas de souci, la claque est toujours là : il me suffit de voir autour de moi la surprise sur le visage des Orléanais qui découvrent le groupe, puis, peu à peu, la satisfaction qui s’installe, et pour finir, même dans une salle pas assez remplie, l’excitation qui déferle.

Le grand intérêt d’avoir déjà dépassé la stupéfaction initiale de la découverte du “phénomène Schizophonics”, c’est que l’on peut se concentrer sur l’incroyable jeu de guitare de Pat, que je n’avais pas pleinement apprécié au cœur de la chaudière en fusion qu’était la Maroquinerie dix jours plus tôt. J’avais lu qu’on comparait son style à celui d’Hendrix, pas moins, et j’ai pu comprendre ce soir la pertinence de cette comparaison pour le moins flatteuse. Si pendant les morceaux, Pat est un guitariste qui cisaille des riffs agressifs de manière assez traditionnelle – tout en s’autorisant de spectaculaires moulinets qui rappellent le Pete Townshend des premières années des Who -, c’est lors des digressions volcaniques dans lesquelles il se lance à la fin des morceaux que son jeu touche au sublime : je dis volcanique, car c’est comme une lave brûlante qu’il déverse sur nous, pour notre plus grand bonheur, martyrisant nos oreilles (excellent niveau sonore, soit dit en passant !) et soignant nos cœurs. Et le plus impressionnant, c’est qu’il ne fait ça qu’avec sa main gauche sur le manche de la guitare… comme Hendrix (ou comme Neil Young, parfois…). Et qu’il le fait tout en sautant partout comme un haricot mexicain, en se jetant au sol, etc. Tout simplement extraordinaire.

2019 02 27 The Schizophonics Astrolabe (31)Je n’ai pas encore parlé de Leti, son épouse à la frappe parfaite, qui veille quand même sur lui, du coin de l’œil (il ne semble pas, heureusement, s’être fait mal ce soir, la scène étant bien moins encombrée qu’à la Maro), ni de l’impressionnant et sympathique Blake, mais tous les deux tiennent d’une main ferme la maison, et construisent une structure solide sur laquelle Pat peut se laisser aller en toute tranquillité.

Nous avons donc droit ce soir à un set complet, ce qui permet d’explorer toutes les facettes de la musique des Schizophonics, qui va bien au-delà du périmètre habituel du garage rock : on passe de la soul hystérique façon James Brown au metal de Motor City, sans oublier le rock’n’roll bon ton (Whole Lot of Shakin’ en final extatique), et sans jamais une baisse de régime. (Cela vaut d’ailleurs la peine de préciser que, de manière très inhabituelle, le groupe ne joue AUCUN morceau déjà enregistré et publié sur ses deux albums ou sur ses EPs !). Il me semble néanmoins que le sommet du set reste le furieux Something’s Gotta Give, d’ailleurs le seul titre présenté par Pat (comme une charge anti-Trump…), pur moment de bonheur sonique, qui justifie à lui seul mon périple de 300 kms aller-retour.

Signalons un incident assez amusant : tandis que Pat est descendu dans la salle avec son micro pour chanter avec son public, une fan amoureuse se jette sur lui en faisant mine de retirer ses vêtements. Pat, un peu inquiet quand même, la repousse gentiment en disant : « Euh, attention, c’est ma femme, là-bas, à la batterie ! ». Lety viendra d’ailleurs à la fin du set choquer ses paumes contre celles de la fille, pour lui montrer qu’elle ne lui en tient pas rigueur ! Bref, le Rock en famille, ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire…

Nous aurons même droit à un rappel ce soir, non indiqué sur la setlist, avec une reprise annoncée par Lety de Roxy Music, que je ne reconnaîtrai pas, et un dernier brûlot, une dernière offrande avant la nuit.

Il est temps de laisser nos Californiens poursuivre leur périple à travers l’hexagone et à travers l’Europe, occupés qu’il sont à leur tâche titanesque de célébration du Rock dans ce qu’il a de plus extrême.