I_Have_to_Feed_Larry_s_HawkFinalement, peut-être que sa collaboration avec le jovial Ty Segall a bel et bien desservi Tim Presley, dont on aurait tendance à attendre aujourd’hui de roboratifs éclats de guitare, et ce d’autant plus que sa sortie, voilà déjà quelques années, du registre ultra confidentiel de la musique "faite à la maison" nous autorisait à espérer une normalisation a minima de ce qu’il publie sous le nom de White Fence

Cette prudente introduction pour dire que "I Have to Feed Larry’s Hawk" (quel titre !) s’avère surprenant tant il se tient éloigné de ce que l’on pourrait appeler de la musique "raisonnable". Une fois encore, devant ces chansons de funambule hésitant, on se surprendra à évoquer les mânes de Syd Barrett, qui est, on le sait bien, l’une des grandes influences de Tim Presley : le fait que les titres de cet album aient été composés en Angleterre – dans le cadre champêtre et grandiose du Lake District – explique sans doute partiellement son psychédélisme déviant et sa pop minimaliste et déjantée. Mais Tim a aussi déclaré, de sa parole aussi belle que souvent confuse (« Je vis désormais dans une rue remplie de personnages flous et de human clouds errants. (…) C’est drôle la manière dont l’humain bouge, c’est désespérant comme le brouillard s’infiltre au travers… »), que c’est la brume – mentale - de la ville de San Francisco, où il vit désormais, qui a façonné l’apparence finale du disque : voici un recueil aussi exigeant que lumineux de chansons dévastées, interprétées par un enfant un peu perdu devant un piano trop grand pour lui.

Car, et c’est la une différence essentielle bien sûr, Tim Presley ne souffre pas d’une schizophrénie dévastatrice comme Syd, mais bien d’une hyper-sensibilité aussi handicapante que furieusement créatrice : l’immense Beauté qui naît de ses compositions défaites – ou plutôt pas complètement « faites » - agit comme un baume apaisant sur l’auditeur, qui devra avoir accepté toutefois d’abandonner toute logique en entrant dans ce disque. Album de mal-être et de désorientation, "I Have to Feed Larry’s Hawk" s’avère, comme toute vraie œuvre artistique, un remède inconfortable mais bouleversant à nos propres troubles.

Curieusement (mais combien de fois peut-on utiliser ce mot en écoutant cette musique née sous le signe de l’Ange du Bizarre ?), l’album se termine sur deux pièces (un bonus ?) électroniques et instrumentales qui rompent avec l’atmosphère de tout ce qui a précédé, mais qui indiquent de par leur relative sérénité qu’une sortie est peut-être possible. C’est tout le bien qu’on souhaite au bouleversé et bouleversant Tim Presley, mais on n’est pas trop optimiste pour autant…