2019 02 02 Razorlight Bataclan (34)21h00 : On garde un très bon souvenir de Björn Agren et d’Andy Burrows, qui nous paraissaient à l’époque être aussi essentiels à la musique de Razorlight que son leader, le brillant – et tête à claques – Johnny Borrell, ce qui fait qu’on n’est pas forcément très bien disposés vis-à-vis des nouveaux musiciens qui les remplacent… Pourtant, il ne nous faudra qu’une paire de chansons pour que David, le batteur passablement furieux, Harry, à la basse, et David, le guitariste placé juste devant moi qui a la lourde responsabilité de succéder à Björn, nous convainquent complètement : les deux classiques du groupe, Rip It Up et In the Morning, nous sont envoyés comme un véritable uppercut dans l’estomac, sur un tempo accéléré qui les transforme en véritable brûlots, pleins de rage et d’urgence… C’est clairement un nouveau groupe que ce Razorlight 2019, qui s’apparente plus à un gang de punk rockers qu’à autre chose. Ce radicalisme brut est certes surprenant, mais, bon dieu, qu’est-ce que c’est bon à une époque où le Rock se complait souvent dans des ambiances atmosphériques ! Mais le plus important, c’est évidemment Johnny Borrell, vers lequel tous les regards sont tournés : les dix ans passés ont logiquement marqué notre ex-jeune dieu vivant – curieusement attifé dans une combinaison peu seyante -, mais son énergie et sa voix restent inchangées, immédiatement convaincantes… et levant tous nos doutes.

Keep the Right Profile n’est pas une chanson très connue de la grande époque du groupe, mais c’est une incroyable déflagration dans le Bataclan, qui s’embrase comme s’il était plein – ce qui est loin d’être le cas… Oui, Razorlight est bien désormais un vrai groupe de Rock, et ne prête plus le flanc aux critiques faciles, comme à l’époque, quand les puristes le qualifiaient de groupe pour midinettes, surtout préoccupé d’atteindre les meilleures places dans les charts. Brighton Pier et Midsummer Girl sont les deux premiers extraits de “Olympus Sleeping”, le nouvel album, et font franchement bonne figure au milieu des anciennes. Golden Touch, que je considère personnellement comme l’une des dix meilleures chansons des années 2000, pose un véritable dilemme : si l’on apprécie le rythme frénétique appliqué aux anciens morceaux, on ne peut nier que l’émotion qui s’en dégageait est laminée par le traitement rock… Mais, je crois qu’on est tous tellement heureux de l’entendre à nouveau sur scène, on la chante tous tellement dans notre tête, qu’on peut vivre avec : d’ailleurs, Johnny nous la laisse terminer tous seuls, nous n’avons même pas besoin de Razorlight pour être au paradis ce soir !

2019 02 02 Razorlight Bataclan (53)I can’t Stop this Feeling I’ve Got débute comme une véritable tuerie, au point que je me demande si Razorlight était aussi bon que ça, “à sa grande époque” ? D’un seul coup, la guitare de Johnny défaille, et arrive ce qui normalement est le pire cauchemar d’un groupe, le problème technique que l’équipe n’arrive pas à identifier et à résoudre ! Personnellement, j’ai toujours trouvé que c’est ce genre de situation qui permet de distinguer les “bons” des “mauvais”, et là, le nouveau Johnny Borrel, et le nouveau Razorlight passent le test haut la main : en attendant la résolution du problème, le groupe improvise, Johnny fait chanter la foule, tout le monde reste souriant et décontracté, et à la fin, les techniciens seront dûment remerciés pour leur travail. Donc, les leçons à en tirer sont claires : à près de 39 ans – et dieu sait qu’il ne les fait pas ! – Johnny Borrell n’est plus du tout un “petit con prétentieux”, mais au contraire un artiste chaleureux et sympathique, et ses musiciens forment bien un véritable groupe qui sait s’amuser et se comporter sur scène. In the City est une chanson qui m’a toujours rappelé ce que le Boss faisait à l’époque de “The Wild, the Innocent and the E. Street Shuffle”, et si c’était de ma part un peu un reproche, ce n’en est plus un ce soir : la performance scénique de Borrell est époustouflante, et le concert connaît là son apothéose.

A partir de là, j’ai le sentiment que le concert plafonne un peu. Est-ce l’énergie du groupe qui s’épuise un peu, ou au contraire, nous, dans le public, qui sommes déjà contentés ? On retiendra néanmoins un Stumble and Fall efficace et une conclusion poignante avec Wire to Wire, seul morceau sauvé de l’époque “Slipway Fires”. Par contre, le classique Los Angeles Waltz n’atteindra pas ce soir les sommets d’émotion qui sont restés en mémoire. A noter que Johnny s’adresse à nous à plusieurs reprises dans un français impeccable et quasi sans accent, même s’il cherche un peu ses mots, ce qui est toujours une marque de respect louable vis-à-vis du public…

Un rappel de Razorlight, c’est beaucoup plus qu’un simple rappel, en fait, mais plutôt un petit set supplémentaire de 20 minutes, consacré principalement à “Olympus Sleeping”, et conclu par l’inévitable America, qu’il dédiera aux “fucking Fox News and Trump”… ce qui caresse la foule parisienne dans le sens du poil, même si l’on aurait plutôt aimé l’entendre sur le sujet brûlant du Brexit !

Une heure et demi d’un set généreux, exceptionnel même dans sa première partie, qui prouve que Razorlight dispose quand même d’un song book qui réussit à transcender son époque, et surtout que la nouvelle configuration du groupe de Johnny Borrell lève toutes les ambigüités, et pourrait constituer la formule gagnante,… si seulement cette musique était encore pertinente pour la jeunesse de 2019, ce qui est loin d’être certain…