2010 01 31 Anna Calvi Cartonnerie (22)21h15 : Une entrée en scène originale, Anna Calvi jouant les premiers accords de Hunter depuis l’arrière scène, tandis que ses habituels accompagnateurs sont déjà à leur place. La scène est plongée dans la pénombre et tout le concert se déroulera ainsi, les trois musiciens restant plus ou moins invisibles dans une lumière rougeâtre venant du fond : oublions donc les belles photos, et concentrons-nous sur la Musique !

Anna est comme toujours très classe, très belle, même avec son nouveau look beaucoup plus rock’n’roll : le temps des escarpins Louboutin sur scène est révolu, Anna opte désormais pour une apparence à la fois plus sauvage et plus masculine, reflétant les thèmes de son – superbe – dernier album. Cheveux bouclés noir de jais, tombant librement sur les épaules et devant le visage, et un maquillage marqué, soulignant la nouvelle félinité d’Anna, qui reste toutefois l’archétype de la femme dure… Indies or Paradise est la première opportunité pour nous, fans du premier rang, de chanter tous ensemble l’un de ces refrains menaçants mais accrocheurs dont Anna a le secret : « I want us in the air in paradise / I get lost in the air, I lose my mind / I want us in the air in paradise… ».

Le son est correct mais sans plus : la voix d’Anna est parfois un peu dissimulée par la puissance de la batterie, et il y a régulièrement des vibrations désagréables qui émanent du matériel au fond de la scène. Rien qui puisse toutefois nous prouver du plaisir qu’il y a à plonger en apnée dans ces grandes chansons asphyxiantes, où le chant parfait de la diva miniature alterne avec le son chaotique de la guitare.

Voici venu le moment de la grande déclaration d’intention : « If I was a man in all but my body / Oh would I now understand you completely… ». Comme Christine (… and the Queens), Anna a fait son coming out cette année, elle n’est plus femme, elle est désormais un guerrier et un amant au masculin. L’enchaînement avec la tuerie de I’ll Be your Man est alors évident, et imparable : « I'll be your man / In the day, I can be your lover / In the night, these words are true… ». Anna part en vrille avec sa guitare, les hurlements déchirants qu’elle en tire sont… sublimes. C’est l’extase générale dans la salle – euh, au moins au premier rang. Je me prépare pour un set qui va forcément être magique. Quelle belle soirée…

2010 01 31 Anna Calvi Cartonnerie (25)Eden est malheureusement un peu abstrait pour que l’on puisse poursuivre à ce niveau, mais la mélodie lumineuse de Swimming Pool récompense notre patience : cette chanson évoque pour moi David Hockney (« A Bigger Splash »), sans que je puisse me souvenir si c’était là la volonté d’Anna, et si c’est mon propre imaginaire qui travaille. En tout cas la conjugaison de précision mélodique et d’understatement sexuel fait mouche : « Waves of desire on the earth / Come down to the swimming pool ». J’adore…

On revient en terrain plus connu, plus confortable pour une partie du public qui en est semble-t-il resté au premier album : le flamenco hendrixien de Rider to the Sea. C’est très bien, mais quelque part, ce n’est plus notre Anna d’aujourd’hui. Heureusement le manifeste de Don’t Beat the Girl Out of My Boy nous ramène en 2019, aux questions essentielles de genres et de rôles : il fait magnifiquement écho à celui du Samaritans de IDLES, et tout cela semble totalement faire sens. La voix merveilleuse d’Anna frémit dans la nuit, le silence autour de moi est total quand il le faut (… bon, il y a bien l’inévitable abruti, un grand barbu au second rang, qui a du mal à ne pas commenter chaque épisode de ce concert, avant de prendre des photos au flash avec son smartphone ! La soirée parfaite n’existe pas !). Wish est un pic d’émotion, avant que Alpha ne voit Anna retourner au bruit pur, et conclure 55 minutes d’un set, certes parfois un peu trop dans la retenue, mais quand même riche en sensations et en émotions.

Je me réjouis du programme du rappel – vu sur la setlist posée devant moi sur la scène : exceptionnellement, on nous promet à la fois Love Won’t Be Leaving – et son solo orgasmique qui concluait en 2011 les concerts – et Ghost Rider, le nouveau crowd pleaser, symbole parfait de la nouvelle incarnation en artiste rock’n’rollienne d’Anna. On part donc tranquille dans le long délire de Love Won’t Be Leaving, puis on fédère le public avec le classique Desire, un peu gâché justement par la prépondérance de la batterie, puis… rien ? Anna sort de scène et c’est fini !!! Quoi, pas de Ghost Rider ? Pas de conclusion explosive à cette ballade au bord du gouffre, au-dessous du volcan ?

Quelle frustration ! Quel désespoir ! Quelle colère… Coitus Interruptus ! Qu’avons-nous donc fait à Anna, nous si sages, si fidèles, si aimants de notre cruelle égérie ? On me tend une setlist, sans doute parce que j’ai l’air trop désemparé pour quitter la salle. Je sors dans la nuit, la tête en l’air, le cœur désolé par la déception. M… alors, trois cent kilomètres aller-retour en plein hiver pour ne pas entendre Ghost Rider !

Life is a bitch. And then you die.