Edmond affiche

Sachant que "Cyrano de Bergerac" est la pièce la plus populaire du théâtre français, et que "Edmond", la mise en abyme de la création de cette pièce (ou bien le biopic "romancé" d'Edmond Rostand), écrite et montée au Théâtre du Palais Royal par Alexis Michalik, a été l'un des plus gros succès critiques et publics de ces dernières années, que pouvait-on attendre d'une version cinéma de celle-ci ? Eh bien, plus ou moins ce que l'on a devant nous : un spectacle populaire intelligent mais pas toujours très finaud, qui fait passer à l'énergie et à l'enthousiasme ce qui est quand même un peu fragile conceptuellement. Un film qui mérite un franc succès commercial - pas gagné, le public des multiplexes n'étant pas le même que celui des théâtres parisiens ! -, et qui ne mérite pas de récolter l'opprobre d'une critique cinéma souvent dédaigneuse de ce genre d'objets bâtards.

Il est tout d'abord indiscutable que Michalik aime le cinéma, même si sa pratique en est forcément limitée : il commence par nous fatiguer avec une caméra virevoltante et surplombante qui frôle le contre-sens, mais se rattrape avec une belle scène de découverte de cette nouvelle forme de spectacle (nous sommes en 1897), puis surtout avec une superbe ouverture du dernier acte de "Cyrano" sur la "réalité" cinématographique, qui introduit un remarquable supplément d'âme, assez inattendu. Et si l'aspect inutilement "décoratif" de la reconstitution lourdingue, CGI y compris, du Paris de l'époque peut rester sur l'estomac des plus délicats d'entre nous, si la farce vaudevillesque s'invite plus qu'il n'est raisonnable au menu de "Edmond", la qualité générale de l'écriture nous fait vite oublier ces menus défauts : avec un Olivier Gourmet, sublime comme presque toujours, pour mener le train, la verve de la troupe toute entière n'est quasiment jamais prise en défaut, et les acteurs les moins convaincants sont littéralement soulevés par l'interprétation "à l'arrache" des meilleurs d'entre eux.

On sort donc de "Edmond" avec un grand sourire aux lèvres, et avec des larmes encore plein les yeux, tant la jouissance du triomphe final - dont on ne pouvait pas douter, l'histoire étant connue - est contagieuse… Mais avec juste un petit doute : quelque part, ce scénario si malin, fournissant à Edmond Rostand l'inspiration dans les péripéties de sa vie quotidienne, ne fonctionne-t-il pas surtout grâce au génie ébouriffant de la pièce originale, plutôt qu'au décalquage un peu convenu qu'en propose Michalik ? Nous avons aimé "Edmond", mais n'est-ce pas avant tout parce que nous adorons "Cyrano de Bergerac" ?