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Avouons que, après avoir ingéré deux excellents films à la suite ("Roma" et "Buster Scruggs"), ça rassure un peu de retrouver Netflix - ceux que tout le monde adore tellement haïr, mais regarde quand même - faisant du 100% Netflix : de la SF "adulte", avec un réalisateur et des acteurs honorables, avec ce qu'on perçoit (à tort ?) comme une vraie liberté pour "l'auteur", pour un résultat d'une exemplaire médiocrité. Pas mauvais non, simplement sans intérêt.

Tiré d'un best seller de Josh Malerman à l'excellente réputation, et dont l'histoire se situe quelque part entre le "Cell" de Stephen King (quelque chose rend l'humanité suicidaire…) et The Road de Cormac McCarthy (balade en famille dans un monde post-apocalyptique...), "Bird Box" saccage peu à peu tous les éléments prometteurs de son intrigue à force d'accumuler les clichés les plus prévisibles, et de miser sur les mauvais acteurs - ou alors sur des acteurs mal dirigés. Une fois passée la vision roborative et joliment flippante de l'apocalypse, qui constitue toujours un spectacle de choix pour le masochiste qui sommeille en nous, Susanne Bier nous endort avec un interminable huis-clos qui enfile sans vergogne tous les poncifs du genre, alternant avec une gentille promenade en barque sur une longue et froide rivière. On espère un moment un sursaut de Malkovich qui fut il y a un siècle un acteur remarquable, mais c'est une fausse alerte. Quant au zombie lifté qui a pris la place de Sandra Bullock, il joue aussi mal qu'elle, et contribue largement au manque de crédibilité général de l'affaire. Ajoutons une toute dernière partie et une conclusion paresseuses, et on a un film tristement oubliable, et encore une occasion perdue pour Netflix d'inventer la série B du XXIè siècle.

Gageons que les nombreux cinéphiles hostiles à la plateforme se réjouiront méchamment de cet échec, mais on peut aussi avoir l'avis inverse, et souhaiter que Netflix réussisse son pari artistique, puisque son pari commercial est d'ores et déjà gagné. Au royaume des aveugles, les borgnes sont roi.

PS : Profitons-en quand même pour rire ensemble de la nouvelle marotte de nos ados fesse-boucqués, qui s'amusent à se filmer faisant des pitreries les yeux bandés. "Bird Box" aura au moins servi à ça, à nous servir une nouvelle démonstration imparable de l'idiotie humaine. Et ça, ça devrait nous faire beaucoup plus peur que les démons d'opérette convoqués hors champ dans le film !