BEAK 3

Loin, très loin de Portishead. Ou bien, en fait, juste à côté. Passéiste - entre le Pink Floyd splendide de l'avant "Dark Side…" et le krautrock qu'on ne finit plus de réhabiliter - et futuriste une minute plus tard, quand le psychédélisme de BEAK> débouche d'un coup sur un "2001 Odysée de l'Espace" où le bébé-galaxie serait devenu leucémique. Cinématographique lorsqu'il recrée l'ambiance bricolée des films d'horreur de Carpenter ou de Dario Argento, mais fondamentalement musical quand il s'agit de nous entraîner dans une transe vaguement hébétée, tournant en rond, en rond, encore et encore, encore et encore, dans la cellule grise de nos vies sans horizon. Labyrinthique quand il nous entraîne à sa suite dans un cauchemar claustrophobique, mais d'une simplicité lumineuse lorsqu'apparaît l'une de ces petites mélodies mort-nées dont Geoff Barrow a toujours le secret. Obstinément amateur et rudimentaire, et pourtant de plus en plus promis à un vrai succès populaire. Cherchant encore la dissonance et l'inconfort, mais ne reculant plus devant une évidence qui frôle çà et là le sublime. ">>>" est un disque intime, dont on sait d'instinct qu'il nous accompagnera loin et longtemps, mais c'est aussi une musique déjà universelle. La bande-son malade et pourtant étrangement réconfortante de 2018. Et de 2019. Et de 2020. Et de…