Remi_sans_famille affiche

Avec "Rémi sans famille", on est assez loin du roman éprouvant du XIXe siècle écrit par Hector Malot qui traumatisa notre enfance, et beaucoup plus dans l'esprit contemporain des douceurs de Noël bien synthétiques concoctées par la maison Disney, matinée - pour faire bonne mesure - des atroces ringardises "à la Claude Berri" (c'est sans doute l'effet Daniel Auteuil, par ailleurs très bon ici...). Nul réalisme donc, mais bien plutôt un esprit de "merveilleux" qui passe à pertes et profit le contexte terrible de l'inhumaine misère du roman original, pour lui préférer un conte moral sur la prédestination sociale et le talent individuel, qui - et c'est assez amusant - marque un but contre son camp : juste après que le personnage de Vitalis ait fait l'apologie de la méritocratie contre les barrières de classes, on réalise que l'attitude constamment irréprochable de Rémi peut être facilement attribuée aux origines aristocratiques qu'il se découvre !

Pourtant, malgré ces handicaps, "Rémi sans famille" est un film qui fonctionne, qui nous touche sans avoir pour autant convoqué tous les violons du mélodrame familial, qui nous captive même par ses rebondissements feuilletonnesques (...même si 30 minutes de plus pour laisser respirer toute cette histoire n'auraient pas été de trop). Un film qui, derrière une imagerie un peu jolie, trop rassurante, choisie par un Blossier qui ne manque pas d'idées, nous ramène vers un passé pas si vieux que celà - guère plus d'un siècle - où les enfants de la campagne française ne savaient pas lire, où la tuberculose tuait presque à coup sûr, et où il ne faisait pas bon être né du mauvais côté de la barrière. Ce n'est pas si mal...