Outlaw_King_Affiche

Vous croyiez tout savoir sur la guerre d'indépendance d'Ecosse au XIVè siècle parce que vous aviez vu Mel Gibson en kilt dans "Braveheart" ? Eh bien non, il vous faut maintenant compléter votre culture générale en découvrant la seconde rébellion contre l'envahisseur anglais conduite par Robert le Bruce (non, pas "Bruce de Nuce" !) dans la foulée de l'exécution pour le moins croustillante de WW (William Wallace pour les intimes). La première bonne nouvelle du nouveau film de David Mackenzie, déjà remarquable réalisateur de l'excellent "Comancheria", c'est que, malgré une production signée Netflix, ce qui engendre naturellement beaucoup de craintes, les faits historiques sont à peu près (on y reviendra…) respectés, et que cette leçon d'histoire, pour être bien brutale et passablement sauvage comme on peut s'y attendre, est quand même assez passionnante : pas très loin des péripéties dont "Game of Thrones" nous nourrit régulièrement - mais bien entendu, l'inspiration de George R. R. Martin provient justement de cette source-là... -, voici un récit à la fois réaliste et palpitant de défaites pitoyables, d'alliances forcées et de victoires arrachées par la peau des dents à un destin pourtant funeste.

L'Ecosse est merveilleusement photogénique, les acteurs sont adéquats même si le scénario de leur donne pas forcément grand chose de difficile à faire, et il y a un indéniable désir de réalisme qui ramène ces "guerres" à leur véritable dimension, celle de combats bestiaux entre quelques troupes de barbares pas forcément mus par grand-chose qui nous paraisse pertinent… mais qui au final détermine toujours pourquoi nous nous battons aujourd'hui : d'abord pour payer moins d'impôts, ensuite pour avoir le sentiment de commander chez soi, l'autorité venant d'un lieu situé à plus de 50 kms de là étant toujours perçue comme une oppression insupportable. Mackenzie a bien du talent, et réussit une introduction virtuose en plan séquence, puis une recréation bien crédible de la bataille dans la tourbe de Loudon Hill (… même si l'excès très à la mode de jets de sang gâche un peu la véracité du massacre…!).

Tout cela est bien beau, mais force est d'admettre que "Outlaw King" n'arrive pas tout-à-fait à devenir un film réellement mémorable, d'abord parce qu'il souffre d'une narration trop précipitée, qui ne nous laisse pas le temps de comprendre et de nous attacher à des personnages qui restent très "théoriques" - à l'exception peut-être du forcené Lord of Douglas, bien troussé par un mémorable Aaron Taylor-Johnson : pour une fois, une demi-heure de plus n'aurait pas été de refus ! Ensuite, les scénaristes ne peuvent pas s'empêcher de rajouter deux ou trois touches "hollywoodiennes" en trichant quand même avec l'Histoire pour créer un super-méchant en la personne du Prince de Galles, et en nous faisant le coup du duel final improbable, scène un peu ridicule dont on se serait bien passé. Mais, finalement, est-ce que le manque le plus flagrant de "Outlaw King", ce n'est pas l'absence complète de… "perspective", de "message" (pour utiliser des termes un peu creux..) ? Quand le film se termine, mis à part le fait de se sentir un peu plus cultivés, que retient-on des deux heures que nous venons de passer à patauger dans la boue et à trembler dans le froid de l'Ecosse? Eh bien, pas grand-chose justement. Il n'est pas même sûr que Mackenzie ait eu lui même la moindre idée de pourquoi il voulait réaliser ce film-là plutôt qu'un autre, par exemple sur la cueillette des olives en Basse- Provence.

Et ça, c'est quand même un problème, non ?