En_liberte affiche

Nous avons vraiment un problème avec le rire, nous les Français. Notre cinéma comique est, mais en vérité a toujours été, l'un des pires de la planète. Et ce n'est pas l'existence de Jacques Tati qui peut compenser plus d'un siècle de médiocrité, de bêtise et de mauvais goût. Pensez seulement aux Gérard Oury, aux Michel Audiard, aux Francis Veber, aux Jean Girault ou aux Dany Boon qui ont fait le triomphe de la comédie populaire au cours des décennies passées : pas un seul de leurs films, que dis-je pas cinq minutes de leurs films qui soit regardable une fois passée la date de péremption (6 mois environ) de la bienveillance coupable que nous avons pu - par négligence ou par faiblesse - leur accorder. Je suis trop dur ? Peut-être, car il y a en effet au milieu de ce désert, quelques films-OVNI, souvent issus du cinéma d'auteurs, qui nous font rire, qui introduisent un peu de drôlerie dans un univers suffisamment décalé, singulier, pour que l'innommable "beauferie" de "l'humour français" ne redresse pas trop sa vilaine tête.

Le problème de ce cinéma-là, dont Pierre Salvadori serait un parfait représentant, c'est que les quelques éclats vraiment drôles sont noyés dans une vague bouillie dépressive, grisâtre et peu appétissante, qui fait qu'on sort de ses films avec toujours la même impression : "Oui, j'ai ri, mais c'était quand même assez ennuyeux, tout cela...". Acclamé par une critique encore une fois bien prédisposée envers son auteur, "En Liberté" nous fera certes régulièrement rire, comme annoncé sur une affiche asphyxiante de par ses injonctions à "jubiler", mais nous perdra beaucoup plus souvent au long d'un parcours interminable, mal écrit, à la recherche permanente d'un sens qui lui échappe, et qui échappera sans doute toujours à Salvadori. Il faut malheureusement ajouter que des personnages aussi improbables que ceux de "En liberté !", qui expriment des sentiments fort éloignés de la réalité, dans un monde qui n'existe pas hors de l'imagination de mauvais scénaristes, ne peuvent d'ailleurs d'aucune manière être sauvés par les acteurs, aussi bons soient-ils (c'est d'ailleurs toute la différence avec le récent "le Grand Bain", qui sait nous parler de nous, et où l'interprétation "comique" apporte quelque chose de plus à des situations qui nous sont familières).

Pour finir, revenons sur la phrase littéralement infecte qui sert de banière au film : "Il vaut mieux être un salaud qu'une victime", proférée apparemment sans une once de second degré. Au-delà de la stupidité bien de notre temps d'une telle affirmation, elle illustre parfaitement ce qui est la plaie du "cinéma comique" à la française : il est toujours plus ou moins question de rire aux dépends des autres, de ceux qui sont "les victimes" (en plus ici, ces victimes sont toujours ceux qui travaillent : videurs de boîte de nuit, serveurs et cuisiniers dans un restaurant, employés d'une bijouterie, vigiles devant un écran de sécurité, ils ont droit aux coups et blessures, en plus du mépris des "héros" et des scénaristes du film...). Savoir rire de soi est le signe de la véritable intelligence, voilà pourquoi ce cinéma-là est bête. Et antipathique.