2018 11 05 David Byrne Zénith (15)20h45 : Après 40 minutes désolantes à s'ennuyer à mourir avec Agnès Obel, on passe aux choses sérieuses, à de la Musique (lettre majuscule !), de la vraie... Le décor est le même qu’à la Philharmonie, ce spectaculaire espace entouré de rideaux de chaînes, d’où vont surgir les musiciens intervenant sur chacun des morceaux, pour composer ces chorégraphies saisissantes, dynamiques et ludiques, qui transforment chaque chanson en un formidable happening plein de joie. En fait la setlist aussi est identique, ce qui est, je suppose, logique pour un spectacle aussi exigeant “techniquement”, à deux exceptions, ayant un effet plutôt positif sur le dynamisme du set : Gasoline and Dirty Sheets, l’un des meilleurs titres de “American Utopia” vient remplacer le plus faiblard Everyday is a Miracle, et surtout, surtout… le fabuleux Road to Nowhere se substitue à l’assez inintéressant Dancing Together, David Byrne répondant ainsi à l’un de mes vœux (… mais manque encore Life During Wartime et Psycho Killer… on ne peut pas tout avoir !).

Un petit incident amusant, mais significatif, à signaler : alors que nous trépignons sur nos chaises pendant I Zimbra, puis pendant l’intro de Slippery People, impatients de nous lever pour danser sur ces titres réellement irrésistibles, le service d’ordre s’emploie à faire se rasseoir les premiers malheureux qui se lèvent ! Consternant, non ? Mais heureusement, Byrne stoppe net sa chanson, pour venir protester et demander aux videurs de laisser les gens faire ce dont ils ont envie. C’est le signal, bien évidemment, de la ruée générale vers la barrière, que nous atteignons heureusement les premiers, vu notre placement ! Nous voilà idéalement situés pour jouir de ce concert qui va s’avérer encore une fois sublime, peut-être même meilleur que celui de la Philharmonie. La joie des musiciens qui s’amusent tous comme des fous est communicative, et l’enthousiasme du public décolle à chaque intro d’un nouveau morceau des Talking Heads, évidemment (neuf titres sur vingt-et-un, pas trop mal, non ?). Byrne est impérial, d’une classe folle, toujours éblouissant vocalement et physiquement, avec ses postures décalées et ses pas de danse déconstruits : un exemple d’un grand artiste qui vieillit en beauté, respectant son œuvre passée tout en l’adaptant de manière toujours plus créative !

En introduction de Everybody’s Coming to My House, il évoque combine sa chanson a évolué, sous l’influence de lycéens qui l’ont chantée : le sujet paranoïaque d’origine (une “home invasion”) s’est transformé en chanson d’accueil… L’occasion de remercier les trois émigrants brésiliens qui font partie du groupe et lui sont indispensable, et donc de « prier pour le Brésil… et pour les Etats-Unis » !

2018 11 05 David Byrne Zénith (22)This Must Be the Place et Once in a Lifetime remuent profondément la fibre nostalgique du public, bien entendu, mais cette fois, ce sera la version fabuleuse de Born Under Punches qui constituera l’un des sommets de la soirée : il faut dire que Byrne, qui vient de faire son speech sur le fait que tous les sons que nous entendons sont produits par la troupe sur scène, a eu l’idée géniale de le prouver en nous montrant, musicien après musicien, la construction du morceau… c’est magique, et il ne nous reste plus, nous le public, qu’à ajouter nos chœurs par là-dessus : « And the heat goes on / where the hand has been / And the heat goes on / and the heat goes on… ».

Blind, le morceau le plus purement Rock du set, avec ses jeux d’ombre gigantesques, me semble également plus percutant cette fois, avant l’explosion de Burning Down the House. Road to Nowhere nous fait littéralement fondre, et The Great Curve est une conclusion parfaite à la soirée, avec un solo de guitare final bien destroy de la petite guitariste en chaussons (car elle est la seule à ne pas être pieds nus…). Après ça, Hell You Talmbout, le titre anti-Trump de Janelle Monae n’est pas forcément nécessaire, mais permet de quitter le Zénith en douceur, en se disant que, bon dieu, quel type, ce David Byrne !

« There's a city in my mind / Come along and take that ride / And it's all right, baby it's all right / And it's very far away / But it's growing day by day / And it's all right, baby it's all right / Would you like to come along? / And you could help me sing this song / And it's all right, baby it's all right… ». Il est indiscutable que nous sommes tous en route pour le grand nulle part, mais au moins, nous chanterons et nous danserons tout au long du chemin !