Tattooed SmilesY aurait-il un plafond de verre pour les groupes belges ? On a pu à de nombreuses reprises s’interroger sur les limites décevantes du succès international de groupes aussi talentueux, voire même exceptionnels que Ghinzu ou dEUS, et la même question revient quand on se penche sur le cas de The Black Box Revelation, duo littéralement époustouflant originaire de la banlieue de Bruxelles, et déjà responsable de quatre albums magistraux !

Dries Van Djik à la batterie et Jan Paternoster au chant et à la guitare nous offrent depuis plus de dix ans, puisque leur premier album, le bien nommé "Set Your Head on Fire", date déjà de 2007, un Blues Rock des plus convaincants, sans avoir encore atteint le niveau de célébrité qu’ils méritent incontestablement. En 2010 déjà, l’irrésistible "Silver Threats" nous avait laissé espérer que leur Blues psychédélique, dans la tradition Led Zep / White Stripes, mais coloré du gris pluvieux du plat pays qui est le leur, avec ses riffs qui tuent et ses ambiances plombées, serait une grenade assez puissante pour leur ouvrir les portes de la reconnaissance… En vain !

Et nous voilà donc en 2018, et nous sommes toujours obligés de claironner notre amour pour cette musique aussi élégante que littéralement suintante de sensualité, en espérant que le public se réveillera : "Tattooed Smiles" – encore un beau titre d’album… - débute par un "Kick the Habit" sensuel et somptueux qui nous console instantanément du silence des Black Keys… « You’re my weed, you’re my pain, you’re my sex, my cocaine, you’re my yearning for a kiss…». Après un tel démarrage, on se demande forcément si The Black Box Revelation vont tenir la distance tout un album, mais les titres s’enchaînent, la plupart mid-tempo, nous submergeant à chaque fois de mélodies impeccables et immédiatement mémorisables. Très rapidement, on ne regrette plus le quasi-abandon des rocks furibards qui étaient leur marque, et on se laisse bercer par une succession de chansons irrésistibles : "Mama Call Me, Please", avec son orgue mélancolique et le phrasé de Jan qui rappelle les meilleurs moments d’Arctic Monkeys, "Bur-Bearing Heart" avec son magnifique solo de guitare venant couronner une impeccable montée en puissance, ou encore "Damned Body", son remarquable refrain et ses guitares bien lourdes. "Tattooed Smiles" – la chanson – nous offre un beau pic d’intensité électrique (« "Hands on the Wheel, while I listen to the War on Drugs*… »), qui croise la route noisy-pop de The Jesus and Mary Chain, tandis que "Yellow Belly" nous rappellera que les Stones ne savent plus depuis belle lurette nous offrir des ballades aussi bouleversantes.

Si la collaboration avec Seasick Steve ("Built to Last") débouche sur l’un des morceaux les plus touchants et accrocheurs du disque, on pourra néanmoins déplorer que sa conclusion, "Laisser Partir", intégrant une intervention assez ordinaire du rappeur belge Roméo Elvis, et mélangeant absurdement français et anglais, nous prive d’une apothéose qui auraient placé "Tattooed Smiles" sur le podium des tous meilleurs disques de 2018.

C’est néanmoins là une toute petite réserve vis-à-vis d’un album qui illumine littéralement notre mois de novembre, et confirme la classe internationale de Black Box Revelation.