2018 10 30 Jeanne Added Trianon (7)20h55 : Trois musiciens font leur entrée et se placent en ligne dans le fond de la scène pour lancer la machine : deux claviers et un batteur, à l'équipement fort électronique lui aussi, la soirée sera clairement électro ! Eclairages blancs (sauf pour A War is Coming, qui sera baigné de lumière rouge, comme lors de la tournée précédente...), son impeccable, et beaucoup d'espace laissé à Jeanne Added sur scène, qu'elle aurait d'ailleurs pu exploiter plus, même si elle nous offrira de jolis passages façon dance-floor au cours de son set...

L'intro s'éternise un peu, c'est Remake, qui s'avère indéniablement plus puissant que sur disque. La voix de Jeanne est parfaite, son chant puissant parfaitement maîtrisé, elle confirme d'entrée de jeu qu'elle est sans doute notre meilleure chanteuse actuelle en France - et de loin, a-t-on envie d'ajouter. De manière assez surprenante, le second morceau est calme, ce qui fait retomber l'excitation... et témoigne d'emblée de la grande faiblesse de la soirée : une setlist mal construite, pleine de déséquilibres et de "trous d'air", qui vont empêcher le show de vraiment décoller, ou tout au moins de rester à haute altitude… Et puis Jeanne attaque Radiate, et d’un coup, quelque chose se passe, alors que le morceau se durcit, que Jeanne dégage énergie, rage, colère : le public accroche, les sons électroniques bastonnent, c’est tout simplement magnifique. Si le concert continuait dans cette veine, ce serait la tuerie qu’on attend de quelqu’un comme Jeanne. Las ! Ce sera là le seul vrai moment d’intensité de la soirée, et l’on ne retrouvera plus cette sensation exquise pendant l’heure et demie du set…

Mutate est certes magnifique – ce n’est pas une découverte – et je vois des larmes qui coulent sur certains visages, mais sans doute trop fidèle à la version de l’album pour son propre bien. Le superbe Falling Hearts manque lui aussi de la puissance qu’on est en droit d’attendre sur scène. Mais il est temps d’attaquer les chansons du premier album, sans doute moins belles, mais aussi plus percutantes : il leur incombera de rattraper ce démarrage un peu tiède. Back to Summer – transfiguré par sa métamorphose de pure électro -, Miss it All, ou le fantastiquement méchant Lydia rallumeront à chaque fois la flamme, mais il est clair que l’objectif de Jeanne est de faire danser tout son monde, plus que de nous offrir une performance au sens classique du terme : modestie ? manque d’ambition ? Elle ne se comportera jamais comme une star, ce qui est plutôt bien, mais, à l’inverse, on peut déplorer que sa familiarité, sa simplicité, nuisent à la construction de l’imaginaire nécessaire à ce que l’alchimie si délicate des grands concerts advienne. Jeanne danse, et elle veut que tout le monde danse et s’amuse, mais désolé… c’est un peu court !

2018 10 30 Jeanne Added Trianon (40)Je vois d’ailleurs bien autour de moi que la foi de son public de fans fidèles est entamée par ce virage électro hédoniste. « Je me suis emmerdée toute la soirée ! » sera le verdict d’une jeune femme derrière nous. Et je le comprends, parce que ce soir, il y avait certes de la bonne musique qui bastonnait, mais il n’y avait pas assez d’âme…

… Un exemple de supplément d’âme, c’est évidemment A War is Coming, LE moment Rock de la soirée, qui nous l’offre : on aurait aimé que ça dure plus longtemps ! Arrive le rappel, qui commence par deux morceaux en solo : Jeanne est seule, avec sa basse aussi grosse qu’elle, revisitant sa première période, celle plus expérimentale, plus rude, d’avant le succès du premier album. C’est courageux, et c’est justement le genre de choses qui peut renverser la situation, mais, comme ça avait été d’ailleurs le cas il y a trois ans, c’est finalement un peu ennuyeux. Pas certain que Jeanne ait déjà la carrure pour relever ce genre de défis… Le set se termine par un beau sing along général, et par les derniers beat électro de la soirée, mais c’est trop tard.

Un concert un peu décevant, en deçà de ce que le talent de Jeanne Added nous laissait espérer. Pas grave quand même, on n’en est qu’au début, Jeanne a encore un long chemin de succès devant elle, et on peut être certains qu’elle se construira comme artiste scénique, comme elle l’a fait sur disques…