Calibre afficheIl devient de plus en plus difficile de faire du cinéma sans que des petits malins comme nous ne déballent de leur sac de cinéphilie les inévitables références qui vont réduire votre travail à une pâle copie, voire même à un plagiat malhonnête et peu inspiré. "Calibre", le premier long métrage écrit et réalisé par Matt Palmer, a donc été étiqueté comme film de série B - ce qu'il n'est absolument pas, n'étant ni un film de genre, ni un film fauché "d'exploitation" - reprenant les sujets de chefs d'œuvre comme "les Chiens de Paille" et "Délivrance". De tels raccourcis ne font pas honneur à la véritable petite réussite (petite par son budget, parfaitement approprié, et, je suppose, par son absence d'effets spéciaux détonnant au milieu du tout venant des productions Netflix) que constitue ce thriller, qui a presque "tout juste" : un scénario de pur film noir déroulant une suite implacable de conséquences d'un accident et d'une (très) mauvaise décision, sans facilités ni incohérences, l'ancrage d'une véritable atmosphère anxiogène dans un contexte géographique et économique crédible (le fin fond de l'Ecosse, survivant difficilement sans l'apport de capitaux extérieurs), et une réalisation sans esbrouffe, cherchant en permanence le juste regard sur l'action et les personnages. Le seul point faible de "Calibre" réside sans doute dans l'un de ses deux personnages principaux, cochant chacune des caractéristiques du stéréotype qu'il représente : irresponsable, égocentrique, séducteur, cocaïnomane, n'en jetez plus ! C'est un petit bémol seulement à nos louanges vis à vis d'un film qui évite habilement tout manichéisme, diluant habilement les repères entre Bien et Mal (on n'ose pas penser à ce que le sujet aurait donné réalisé de l'autre côté de l'Atlantique… ou plutôt on l'imagine très bien !), et qui aurait certainement mérité une sortie en salles, plutôt que de rester ignoré au milieu des dizaines de navets produits par Netflix. On attendra en tous cas le prochain film de Matt Palmer.