Coup_De_Grace

Qu'est-il arrivé à Miles Kane ?

Nous n'avons pas oublié son apparition en grand frère charismatique d'Alex Turner au sein des Last Shadow Puppets : plus solide, plus mûr, plus charismatique que son ami d'enfance Alex, il était la véritable étoile de ce duo à l'équilibre paradoxal. A l'Olympia en 2008, sa guitare scintillante faisait naître des étoiles dans nos yeux. Nous étions tous tombés un peu amoureux de lui...

Nous nous souvenons encore de lui en jeune et brillant guitariste des Rascals, perpétuant la superbe tradition du Rock liverpuldien : génie mélodique impensable à son âge, classe innée, il était un rêve humide pour tout nostalgique d'une époque où le Rock était encore ingénu. Pur. Il avait enchanté la Maroquinerie un autre soir de 2008. Il avait grandi, il était grand.

Nous avons vibré sur son premier album solo, "Colour of the Trap", qui matérialisait parfaitement son incroyable maîtrise des codes mélodiques et rythmiques du Rock des sixties : en première partie des Arctic Monkeys pour leur tournée de 2012, il ne laissait derrière lui que de la terre brûlée et les Monkeys de l'ami Alex avaient bien du mal à suivre.

Et puis les choses ont commencé à mal tourner : faisant désormais la teuf à Los Angeles avec un Alex lui aussi métamorphosé en kéké, Miles ressemblait plus à un petit dealer de coke angeleno au cerveau déjà bien cramé par la came et le soleil californien lorsqu'il a fait son show avec les Poupées à Rock en Seine en 2016. Le regarder parader en veste à paillettes avec l'arrogance crétine d'un frère Gallagher faisait mal à notre petit coeur. On attendait la suite avec un peu de crainte, et "Coup de Grâce" (une expression dont il dit n'avoir pas connu le sens lorsqu'il l'a choisie et qu'il prononce "coup de gras" sur la chanson éponyme...) confirme affreusement la transformation de notre ex-éternel espoir en beauf déjà usé...

Oh, le talent de compositeur de Miles n'a pas disparu, puisque la moitié de l'album - en particulier la "première face" - recèle des mélodies imparables, revisitant les riches heures du Rock anglais ! Oh, l'énergie de Miles n'a pas faibli, poussant - un poil mécaniquement - la plupart des chansons vers une sorte de frénésie dont on sait qu'elle présage de grands moments en live. Mais dieu, que tout cela est vulgaire, de mauvais goût ! A l'image de l'atroce pochette, tout l'album est criard, tape à l'oeil. Miles y roule les mécaniques, y pousse sa voix. Il frime avec sa guitare, comme s'il voulait nous convaincre, lors de ce qui ressemble plutôt au dernier tour de piste d'un has been désespéré du manque d'attention qu'on lui porte, qu'il EXISTE ! Du coup ses "hommages" à Lennon, Bolan, Bowie, ses citations du punk briton même, prennent l'air déprimant de défis bravaches : "Eh, regardez ! Ecoutez ! Moi aussi, je sais faire ça ! Je suis aussi doué que nos vieilles idoles !".

Sur "Coup de Grâce", le trait est grossier, la musique a perdu toute élégance, les paroles des chansons sont stupides, dénotant tragiquement la perte de repères d'un ex-jeune homme brillant qui, à force d'avoir frôlé la gloire, tutoyé la célébrité sans jamais la connaître, a sombré dans le n'importe quoi racoleur.

La terre a tourné, le monde a changé pendant que Miles Kane chassait ses rêves et célèbrait ses tous petits succès : en 2018, il peut bien clamer dans les interviews qu'il est le meilleur du monde sur scène, il ne comprend plus rien à ce qui l'entoure. Sa femme l'a largué, son pote Alex, pourtant moins doué que lui, continue à avoir, quoi qu'il fasse, ce succès planétaire qui lui est refusé, "John Lennon" est devenu le nom d'un aéroport, et Miles commence même à avoir du mal à "choper". Heureusement qu'il reste la bibine, la fête et la certitude, de plus en plus vacillante et démesurée, de sa propre importance.

"Shavambacu" ? Oui, Miles, nous aussi on t'aime beaucoup. Mais maintenant, à dire vrai, tu nous casses un peu les pieds.