2018 09 04 Thee Oh Sees Cigale (28)

21h10 : Après un petit échauffement qui permet de se préparer psychologiquement à l’assaut sonique qui va suivre, et alors que le public entre dans le genre d’état d’ébullition qui annonce les concerts chauds, très chauds, John Dwyer lance ses Oh Sees : j’avais eu quelques craintes devant le nouvel album, “Smote Reverser”, que je trouvais un peu trop bien poli, un poil trop jazz rock d’un côté et prog metal de l’autre, et ces craintes se dissipent en moins de 10 secondes quand j’entends la musique furieuse que déverse le quatuor sur la Cigale qui ne demandait que ça ! Le pogo est quasi général dans la fosse – au moins dans la première moitié devant la scène -, les slammers (dont pas mal de jeunes filles, il faut le souligner…) se lancent immédiatement à l’assaut, et ne faibliront pas durant les quatre-vingt minutes qui vont suivre, et la totalité des visages sont illuminés d’un grand sourire. La magie du rock’n’roll quand il est joué avec conviction et compétence, mon ami !

Dès la troisième chanson, que j’ai un peu de mal à reconnaître, étant un adepte des Oh Sees (ou Thee Oh Sees… mais on s’en fout, non ?) depuis moins de trois ans, il est évident que nous sommes partis pour une belle soirée de délire, bien supérieure au set que Dwyer avait offert avec la même équipe – juste un changement de l’un des batteurs - au même endroit il y a deux ans presque exactement. Parlons-en de l’équipe, justement : le discret Tim Hellman, au look juvénile, est avec sa basse le châssis robuste sur laquelle le véhicule est construit, tandis que les deux batteurs, qui nous offriront un festival de puissance tout au long de la soirée, en sont le moteur turbopropulsé. Par là-dessus, le pilote, le boss en fait, qui visiblement mène sa petite troupe à la baguette, peut se laisser aller à ses solos virtuoses, de plus en plus flamboyants, ou occasionnellement à des bidouillages électroniques sur le matériel qui est derrière lui. John chante avec cette voix haute charmante qu’on lui connaît, et passe son temps à faire ses fameuses grimaces excessives qui déforment son visage de manière hilarante, ou bien ses pas de danse gigantesques. Avec son éternelle et unique guitare transparente toujours maintenue très haut sur sa poitrine, ses tatouages et son short (bien sûr !), il a un look bien à lui !

2018 09 04 Thee Oh Sees Cigale (98)

Le concert va en fait se dérouler de manière similaire à celui de 2016, mais sera cette fois une réussite totale, sans les petits problèmes techniques qui nous avaient gâché le plaisir et avaient interrompu la fête, et avec un niveau sonore de la guitare parfaitement satisfaisant – acouphènes garantis le lendemain matin ! Si les passages plus atmosphériques permettent au spectateur épuisé de prendre un peu de repos, et de se laisser aller dans une transe bienheureuse, ce sont évidemment les explosions répétées de la guitare, qui déverse sa lave brûlante sur les pogos déjà bien agités et qui relance la frénésie générale, qui élèvent le concert vers les sommets du genre. Les habitués hochent la tête d’un air entendu : Oh Sees, c’est ça, le plaisir des sens garantis, une vraie générosité dans la manière de vous exploser la tête et de vous transformer en machine à danser, ou, selon votre âge, à osciller sur place sans pouvoir vous en empêcher !

Au milieu de cette fête ininterrompue, Sentient Oona s’intègre parfaitement bien, confirmant la cohérence profonde du travail de John Dwyer à travers les différents genres qu’il explore, mais ce sera, sans surprise, la brutalité purement garage du jouissif I Come from the Mountain qui constituera – au moins pour moi – le moment le plus formidablement dévastateur de la soirée.

Il est 22h30 seulement quand Oh Sees quittent la scène, et nous les aurions bien gardés avec nous plus longtemps, mais il faut admettre qu’une heure vingt à cette allure, c’est bien plus que la majorité des groupes nous offrent en live, non ?

En tout cas, je pense que tous ceux qui quittent la Cigale ont chaud au cœur (en plus de mal aux jambes et aux oreilles…) en sachant qu’un tel groupe existe, et reviendra encore longtemps – on le souhaite – nous apporter un tel bonheur. Thank you, John !