ButI Like ItTout le monde connait le Joe Sacco chroniqueur politique et humain, engagé sur de nombreux conflits de par le monde, mais peu imaginent qu’avant, mais aussi entre ses reportages en Palestine ou dans d'autres zones de guerre, le même Joe Sacco puisse avoir eu / avoir encore une relation aussi passionnée avec le Rock en général, et avec les Stones ou le Blues en particulier !

S'ouvrant sur une préface remarquable de Gerry Mohr, qui permet de bien comprendre les sentiments pour le moins ambigus que Sacco a développés avec le Rock et son monde, "But I Like It" (titre pertinent de par sa référence aux Stones, mais aussi du fait de ce paradoxal amour teinté de « honte et de dégoût » que Sacco détaille lui-même dans un petit texte hilarant…) regroupe a priori l’intégralité des travaux de Sacco ayant rapport avec ses passions (ou non) musicales, dans un style graphique plus "souple" que son travail habituel, que l’on peut juger – au moins superficiellement - assez caractéristique des Comix underground US - dont Robert Crumb est probablement le représentant le plus connu ici en France.

La première « face » de cette « compilation » raconte l’épique tournée européenne du groupe punk / néo-psychédélique The Miracle Workers que Sacco accompagna, occasion merveilleuse de se livrer à la fois à un autoportrait de l’artiste en complexé maladif et ridicule, et à une description sans pitié de la vie sur la route des groupes de Rock. La seconde déverse un fiel assez délectable sur les déviances du Rock des 70's - 80's, ridiculisant sans pitié ce tout petit monde d'idiots mégalomanes et cocaïnés, ainsi que tous les profiteurs tournant autour (producteurs rapaces, tourneurs incompétents, groupies interchangeables) : c'est très drôle, à la fois bien vu et d’une méchanceté lourdement teintée de mauvaise foi, mais cela reste assez convenu, il faut bien l'admettre.

La « face C » (eh oui, c’est un « double album » !) nous offre une visite guidée – avec ironie bien entendu - par l’auteur lui-même de ces travaux d’affichiste, mais c'est quand Sacco avoue sa passion pour les Stones - et les diverses désillusions occasionnées par celle-ci – ainsi que son profond amour pour le Blues que But I Like It devient touchant, parce que plus intime, et plus juste aussi.

Au final, voici un livre fait de bric et de broc, par définition de qualité variable, donc un peu anecdotique au sein de l’œuvre conséquente d’un auteur important… mais que l’on aurait néanmoins tendance à considérer comme un must pour tout "fan de Rock"…