fauda_saison_affichePour pouvoir regarder sereinement "Fauda", série israélienne à l'excellente réputation, il faut sans doute admettre dès le départ que, à l'image de ce qui se fait aux USA, il ne sera pas question ici de remettre en cause fondamentalement la doctrine nationale ou l'honneur de la nation : ceux qui soutiennent activement la cause palestinienne auront sans doute intérêt à s'abstenir ! Les autres se laisseront prendre au jeu d'une fiction politique partant du principe de l'existence d'une cellule du Hamas fanatisée et adoptant les méthodes radicales de l'E.I., et évidemment traquée par les services israéliens autant que par l'Autorité Palestinienne et la direction du Hamas : car en fait, pourquoi pas ? Sur ce scénario de cauchemar, Lior Raz et Avi Issacharoff nous proposent un thriller façon "24 heures", qui enchaîne les scènes d'action et les retournements de situation, sans trop se poser de questions morales, et qui fonctionne étonnamment bien, en particulier lors de deux épisodes paroxystiques survenant curieusement en plein milieu de la saison.

Car "Fauda" a paradoxalement l'audace (la lucidité ?) de nous montrer un groupe d'infiltration et d'intervention israélien dysfonctionnel, dont aucune mission ne semble jamais réussir, miné autant par des conflits entre ses membres que par un certain amateurisme se traduisant par une suite d'improvisations aux effets désastreux : on est loin de la représentation de services israéliens implacables et tous-puissants qui prévaut à Hollywood ! En face d'eux, la société palestinienne est figurée, non sans une certaine lucidité semble-t-il, comme étouffée autant par la religion que par l'étau israélien, et ne fonctionnant à peine qu'à travers les relations traditionnelles, familiales surtout, seul refuge contre la souffrance. Et des deux côtés des check-points, "Fauda" dépeint les mêmes arrangements avec la morale, la même corruption, les mêmes ambitions dévorantes.

Si "Fauda" souffre d'une réalisation sans imagination et d'interprètes assez peu convaincants, à l'image de Lior Raz lui-même avec son jeu extrêmement limité, les scénaristes gèrent suffisamment bien les moments de tension pour que le spectacle soit addictif. Ils nous offrent surtout un dernier épisode intelligent en forme d'anti-climax qui nous fruste de nos désirs primaires de vengeance mais conclut joliment la suite logique de causes et de conséquences, la plupart du temps incontrôlée (la série mérite bien son titre, "le Chaos" en arabe...), qui en a constitué le plus grand intérêt.