Au Poste afficheOn a forcément un peu peur d'écrire quelque chose sur le dernier Dupieux, "Au Poste !", marquant le (grand ?) retour de Mr. Oizo dans l'arène sanglante du cinéma hexagonal. On aimait qu'il aime le désert du sens américain, on a commencé par être assez angoissé de le voir travailler au corps l'héritage de Belmondo / Audiard, sans même parler de Claude Miller et son "Garde à Vue"... toutes choses qui, il faut bien l'avouer ici, constituent pour moi, qui ai vécu "first-hand" les atroces années 70, une sorte de panorama de l'Enfer sur Terre (eh oui, je hais "Garde à Vue, pardonnez-moi...).

Heureusement, on comprend peu à peu que Dupieux ne va pas faire le mariole en rigolant de tout ça, mais va donner à ce réalisme minable nourri de dialogues "distrayants" qui restera à jamais le déshonneur du Cinéma français (déshonneur racheté un temps, rappelons-le à tous ceux, nombreux ici, qui sont amnésiques, ou simplement ignares, voire radicalement réactionnaires, par la Nouvelle Vague) le tour de vis de trop qui va permettre de basculer vers un absurde vertigineux (le versant Bertrand Blier, heureusement sans l'anarchisme beauf), et puis, et là ça devient beaucoup plus intéressant, un surréalisme buñuelien de belle facture, dans un final parfaitement réussi (j'ai même rêvé dans un moment d'abandon que Dupieux fasse copuler Mocky avec Raul Ruiz, mais ça sera pour plus tard, j'imagine...). Ouf ! On a eu chaud !

Bon, des gens bien plus intelligents que moi écriront de belles choses sur l'interpénétration progressive entre la narration (le récit de cette nuit du crime), l'auditoire (le flic qui s'ennuie et ne trouve pas ça très intéressant) et le spectateur - qui fera sans doute un triomphe à "la pièce" qui s'est jouée, mais qui répétera ensuite les louanges / anathèmes de la critique : "une moitié géniale, une moitié poussive"... sans qu'il n'y ait moyen de décider de quelle moitié l'on parle. Je me suis quant à moi contenté tout simplement de vibrer d'empathie avec M. Tout-le-Monde, superbement chanté par Fugain (Grégoire Ludig, très inspiré et inspirant), se débattant pour ne pas sombrer, que ce soit face à d'effrayantes mutilations ou à un discours policier parfaitement kafkaïen.

Mais il faut que je vous laisse, je viens d'entendre des cris dans la cour en contre-bas, je vais prendre mon fer à repasser et aller voir ce qui se passe. Je ne suis pas sûr que nous nous revoyions jamais, c'est pour ça !