Désobéissance afficheTrois acteurs en état de grâce - car s'il est évident d'adresser des louanges à Rachel Weisz et Rachel McAdams pour leur interprétation subtile, il convient de ne pas oublier que la plus belle scène du film, celle de la cérémonie dans la synagogue, est portée à bout de bras par un Alessandro Nivola formidable, qui explose littéralement tous les clichés attachés à son personnage facilement caricatural - et une mise en scène magnifique de précision, apportant le rythme exact pour bien conter l'histoire du film, ne suffisent malheureusement pas pour faire de "Désobéissance" le chef d’œuvre qu"il aurait dû être. C'est que film de Sebastián Lelio a des semelles de plomb qui l'empêchent de s'envoler : un scénario rabâché qui accumule les sujets déjà mille fois explorés au cinéma, entre deuil du père qui a refusé son amour, carcan de la religion traditionaliste (quelle qu'elle soit, ici on explore le poids de la tradition du judaïsme), et histoire d'amour à 3 dans laquelle celui / celle qui s'en va et qui revient perturbe le fragile équilibre qui s'est construit en son absence. Rien de nouveau sous le soleil donc, si ce n'est l'introduction d'une passion lesbienne au centre du triangle amoureux, par ailleurs filmée d'une manière crédible, ce qui n'est pas encore si courant : si l'on ne se laisse pas trop aveugler par une ou deux belles scènes de passion amoureuse entre femmes, on réalise bien vite que le film stagne dans le cadre habituel du mélodrame, où l'amour se heurte au rejet social. Lelio, contrairement à ce qu'avance le titre de son film, la première scène d'analyse de la Torah ou encore le discours de Dovid, reste bien sagement dans l'indécision, ne faisant justement aucun choix radical qui aurait pu élever son "Désobéissance" vers la lumière, ou au contraire le précipiter dans une obscurité plus féconde que cette éternelle grisaille londonienne dans laquelle il baigne.