The Crown afficheLa première série Netflix produite en / par l'Angleterre n'a a priori pas grand chose d'attirant, semblant capitaliser sur la fascination (quasi) universelle pour la monarchie britannique tout en misant à coup de budgets colossaux sur une reconstitution historique hyper-léchée, nous garantissant systématiquement un académisme pesant. Et puis... non ! "The Crown" s'avère dans sa première saison un parcours toujours simulant à travers une époque déjà lointaine, où "l'Empire" s'effondrait, où un certain vente de liberté soufflait déjà sur la société, mais où les mœurs étaient encore corsetés par une ensemble de règles complexes et contraignantes. La série de Peter Morgan louvoie avec élégance entre récit historique (la fin de Churchill, la tension croissante dans le Commonwealth et avec les pays en voie d'émancipation), chronique mondaine (la rocambolesque histoire d'amour contrarié entre la Princesse Margaret - lumineuse Vanessa Kirby, qui rend un bel hommage à cette figure scandaleuse - et Peter Townsend) et introspection "psychologique" : ce sont sans doute les ravages sur sa famille (et sur elle-même, encore jeune et pleine d'espoirs) que cause la soumission de la Reine Elizabeth (débutante) aux règles de sa position politique et de son rôle symbolique en une époque difficile pour la nation britannique, qui constituent le sujet le plus fort de cette première saison. Le fait que les scénaristes ne reculent jamais devant la complexité intellectuelle, morale ou juridique des dilemmes auxquels fait face Elizabeth, et nous accompagnent patiemment, sans aucune volonté simplificatrice, à travers le labyrinthe d'une vie soumise malgré elle à un appareil terrifiant, constitue le cœur de la réussite de "The Crown". Et si la mise en scène, parfois véritablement inspirée, injecte là-dedans de superbes moments d'émotion et de lyrisme - dignes des grands films d'un David Lean, auquel on pense parfois -, et si les acteurs sont généralement superbes (la palme revenant au vétéran John Lithgow, magnifique incarnation de Churchill), eh bien c'est là une double cerise sur un gâteau ma foi fort roboratif.