2018 06 17 Slaves Download Festival (16)17h00 : « Non, rien de rien, non je ne regrette rien… » s’élève sur la sono pour annoncer l’entrée de Laurie et Isaac, et même si dire que Piaf était une ancêtre du punk est sans doute faire un trop grand écart, eh bien cela sonne pourtant curieusement de circonstance ! D’ailleurs la moitié du public chante, et Laurie et Isaac semblent ravis de leur coup… ! Et attaquent dur, très dur, avec le fantastique Sockets, le morceau qui réactive immédiatement dans votre tête le syndrome ’77. Cela s’appelle le bonheur : ces percussions démentes, ces cris de rage, cette guitare qui sature à mort, avec le (petit mais hautement symbolique) mur de Marshalls derrière Laurie, c’est bien sûr pour ça qu’on est venu à Brétigny ! « It wasn't her fault / She makes sugar taste like salt / Cause she was so sweet / Now you're shuffling your feet with your hands in your pockets… »

Ceux d’entre nous qui avaient assisté au mauvais set de Slaves en première partie de Kasabian au Zénith redoutaient sans nul doute un épuisement de l’énergie, voire un syndrome du bavardage inutile : le set de cet après-midi nous a tous rassurés, la combattivité et l’efficacité de Slaves sont intactes, et en un peu plus de 45 minutes, nous n’aurons droit cette fois à aucun gras, à aucun débordement déplacé. Seulement la musique, seulement une succession de brûlots hargneux, mais délivrés avec la juste dose de bonne humeur, et d’humour bien entendu, qui font digérer tout cela en évitant les brûlures d’estomac.

Ninety Nine (« Talked to a mannequin the other day / She had fuck-all to say / To me / Such a shame / Looks are deceiving… ») et l’impeccable – et furieux - Cheer Up London (« Are you done digging your grave yet? / Put another 0 in your paycheck / Are you done? / You're dead, already, dead, dead, already-ready / Dead !!! ») font encore monter d’un cran la rage. On hurle avec eux, « Already Dead Dead Dead ! », et les slammers commencent à déferler. Le service d’ordre, visiblement peu habitué à ce genre de pratiques, panique un instant, puis la routine s’installe : un à un on extirpe du chaos les corps, on les dépose soigneusement, et les voilà qui se relèvent, et repartent en rigolant pour replonger dans le maelstrom… Isaac et Laurie, mine de rien, ont remarqué le désarroi, puis l’application de la security, ils ont l’élégance de faire un break et de venir remercier, serrer la main des videurs. Bon esprit, nos p’tits prolos anglais !

2018 06 17 Slaves Download Festival (31)S’il y a une chose à noter à propos de la setlist de cet après-midi, c’est l’absence quasi-totale des titres de "Take Control", il est vrai inférieurs à ceux du premier album sur lequel on se concentre désormais. Pas mal de nouveaux morceaux aussi, bien dans le même esprit. Bref, pas de coup de barre chez nos Slaves, qui portent toujours fièrement la bannière du Rock social et engagé que le Clash a brandie il y a désormais… quarante ans.

Une chose que je remarque, et qui ne m’avait pas frappé auparavant, c’est la complicité amicale qui unit Isaac et Laurie, qui prennent tous deux visiblement toujours autant de plaisir à jouer ensemble. Bref, Slaves, à la différence de la plupart des combos du genre, ont l’air d’avoir tout ce qu’il faut pour durer. Le set se termine par l’enchaînement imparable de Sugar Coated Bitter Truth, Beauty Quest et le fabuleux The Hunter. Un set de 45 minutes magistral, une musique totalement dans son époque (« Fuck the Hi-Hat! Fuck the Hi-Hat! ») mais qui sait célébrer le souvenir des premiers combattants du punk. Laurie et Isaac, on vous AIME !

« The feeling is mutual / You don't like what we do / Because we say what we are thinking / And that shocks and frightens you / The lion in the jungle shows no shame, it shows no pride / It does what it needs to to stay strong and to survive / The hunter… »