tranquility-base-hotel-casino-arctic-monkeysNous nous plaignons trop des groupes et des artistes qui répètent ad lib la même formule pour venir nous lamenter aujourd'hui lorsqu'une icône planétaire du rock indie comme Alex Turner sort de son chapeau un album aussi surprenant que ce "Tranquility Base Hotel + Casino", surtout après avoir déjà baladé ses Arctic Monkeys sur les pistes poussiéreuses derrière l'ami Josh Homme, et ensuite exploré un rock-soul élastique finalement assez loin des bases anglaises du groupe. Imaginez un peu : un concept album (!) sur la colonisation lunaire - offrant l'occasion à Turner d'évoquer les dérives de notre société -, composé au piano et dépourvu de riffs accrocheurs. Un album plutôt sous influence Scott Walker et Bowie, pour faire simple, donc plus du côté de The Last Shadow Puppets. Peut-être plus une sorte d'album solo, sans beaucoup de guitares, qu'un disque de groupe, même si la toujours excellente section rythmique des Monkeys est mise à contribution.

Une fois la première surprise passée, une fois la déception de ne pas identifier ici les habituels titres listener-friendly du groupe, on peut enfin se concentrer sur le chant de plus en plus maîtrisé d'Alex, et bien sûr sur ses textes toujours aussi ambitieux. Et intelligents. Sauf qu'on est loin désormais de cette poésie quotidienne, de cette nostalgie très british, qui était toujours à même d'impliquer émotionnellement le "fan" du groupe : on explore désormais une sorte de réalité virtuelle vaguement absurde - à l'image de la maquette figurant sur la pochette -, on se perd dans des réflexion que l'on pourrait aisément qualifier de "cryptiques", mais qui semblent surtout un peu flottantes, sur les travers bien connus de notre époque (l'hystérie de consommation, le culte de la célébrité, etc. etc.). Avec heureusement assez de fulgurances pour satisfaire les amoureux de lyrics malins, du genre : "I launch my fragrance called Integrity / I sell the fact that I can’t be bought."...

Reste le gros problème de l'album : la faiblesse coupable des mélodies. Soit un défaut qu'on trouve aussi régulièrement chez les Last Shadow Puppets, et qui fait qu'on appréciera plus l'atmosphère générale de "Tranquility Base Hotel + Casino" que ses chansons pas facilement mémorisables.

Voilà en tous cas un album, il faut l'admettre, très décevant, mais auquel il convient de donner sa chance sur le long terme, et qui pourrait s'avérer être ce que les Anglais appellent un "grower"...

Ou pas.