2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (27)21h45 : Le public a commencé à manifester bruyamment son impatience, et je me dis que le set de Baxter Dury sera forcément court, puisqu’il ne reste guère que 1h15 jusqu’aux 23 heures. Le personnage qui déboule alors sur scène ne correspond pas tout-à-fait à l’image de dandy décavé que je me faisais jusqu’alors de lui : certes, Baxter a revêtu le costume-cravate de circonstance, certes il porte une barbe de plusieurs jours, mais son attitude semble directement héritée de 1977, soit l’époque où son papa triomphait dans les charts. Oui, ce mélange d’ennui, d’arrogance, de provocation minable – les bisous  bruyants, la bouteille de vin rouge, qui sera vite torchée, et le verre à la main, l’indifférence envers le public, les poses ravagées et excessives au micro : punk’s not dead ! Et la manière rageuse, avec une électricité un peu mauvaise, dont les titres – magnifiques – de “Happy Soup” sont balancés d’entrée de jeu, on est quand même assez loin du crooner cynique qui remonte la dune brûlante de la vie que “Prince of Tears” avait imposé. Et vous savez ? C’est très bien comme ça ! Je me prends au jeu, et je caresse un rêve étrange : et si Baxter nous offrait un petit hommage filial et sa version à lui de Sex and Drugs and Rock’n’Roll, ça aurait de la gueule, non ?

Pendant que Baxter écluse sa bouteille de rouge, tantôt au verre, tantôt au goulot, jetons un coup d’œil au groupe qui l’accompagne : dans le fond, à gauche un jeune guitariste dont le jeu flamboyant va littéralement illuminer les morceaux les plus nerveux ; au centre, le plus vieux pote de Baxter, à la batterie (combien d’années d’amitié, déjà ? Baxter nous l’a dit mais je ne m’en souviens plus…) ; à droite, un autre jeune en costard, grand échalas qui vient juste de se marier, apprenons-nous. Devant, trois claviers, Baxter étant entouré de deux jeunes et jolies créatures, dont Madelaine Hart, juste devant moi : elles sont surtout chargées d’assurer l’importante contribution vocale féminine aux chansons de Baxter. Et sur le brillant et hypnotique Porcelain, nous avons même droit à l’apparition au micro de Rose Elinor Dougall : « Porcelain boy / You're just a lonely motherfucker / Porcelain boy / I don't give a shit about you… »

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (86)Porcelain, justement, marque le début de l’interprétation intégrale de “Prince of Tears”, forcément le gros morceau de la soirée, qui ravit évidemment le public (même si le balcon du Casino de Paris est à demi vide, la fosse est bien pleine, complète paraît-il…)… et qui marque un basculement du concert pas forcément bénéfique. Car les petites vignettes absurdes, cruelles et drolatiques de l’album s’avèrent assez frustrantes sur scène : moins rock, trop courtes, faisant définitivement moins de sens, ces chansons aux mélodies pourtant bien troussées emportent le set vers un autre univers, moins rock, moins intense… même si Letter Bomb marque une tentative de Baxter de relancer la machine… euh infernale.

Au bout d’une heure à peine, le set principal est bâclé, et Baxter a abandonné la pose punk depuis un moment, et se révèle désormais affable et souriant… à mois que cela ne soit l’influence de la bouteille de vin rouge éclusée ? Aurait-il le vin joyeux, l’ami Baxter ? Toujours est-il qu’on aurait bien aimé que Miami, en conclusion, soit porté par une vraie rage… Car « I'm the turgid fucked-up little goat / Pissing on your fucking hill / And you can't shit me out / 'Cos you can't catch me / 'Cos you're so fat / So fuck ya / I'm Miami ! », accompagné de quelques glaviots bien gras millésimés 77, ça aurait quand même eu de la gueule, non ?

Le rappel commence bien, avec un Cocaine Man nerveux, mais se conclut trop vite avec Prince of Tears, bien trop évident et sans grande âme. Il est 23 heures, et la petite troupe plie bagages, alors qu’il me semble qu’un second rappel moins formel aurait permis de conclure la soirée sur une plus high note.

Bref, même si tout cela était loin d’être mauvais, une légère frustration nous envahit au moment de quitter la salle. Et un doute : Baxter serait-il plus un artiste à savourer sur disque qu’en live ?