Black Mirror S3 afficheLa troisième saison marque une rupture fondamentale dans "Black Mirror" : en passant de la BBC à Netflix, de "l'artisanat" anglais au professionalisme américain, quelque chose de fondamental change, même si, et c'est heureux, Charlie Brooker reste aux commandes, ou tout au moins au scénario. Plus de moyens qui permettent une représentation plus ambitieuse des aspects futuristes de la série, une mise en scène soignée s'apparentant chaque fois plus à du "vrai cinéma", un format plus long (six épisodes cette fois), mais surtout une légère mais indéniable inflexion du "fond" de la série. On perçoit vite le souci de conférer moins de noirceur systématique à ces contes sur la technologie, avec l'amorce de semi-happy ends : la libération de la parole à la fin du très pertinent "Nosedive" (pas si loin de notre réalité actuelle entre les "like" des réseaux sociaux et la notation des citoyens par les autorités chinoises), la possibilité d'un bonheur après la mort dans le superbe et touchant "San Junipero", ou encore l'arrestation possible de l'über-criminel de l'impressionnant "Hated by the Nation"...

Au delà du passage de 4 des 6 épisodes de l'autre côté de l'Atlantique qui leur enlève tout de même un peu de charme, on peut aussi s'inquiéter de la tendance à adopter parfois des points de vue scénaristiques plus classiquement hollywoodiens, le personnage central de l'épisode n'étant plus uniquement une victime presque anonyme des dysfonctionnements technologiques et sociétaires, mais adoptant occasionnellement la position de "l'élément rebelle" dévoilant ces dysfonctionnements : d'où le risque d'un passage progressif d'une approche politique "à l'européenne" des sujets à une approche "morale" moins contondante.

Ces légères inquiétudes ou réserves n'empêchent toutefois pas d'être à nouveau enthousiaste devant la réussite quasi totale de ces 6 nouveaux épisodes : si l'équation simpliste "horreur + twists" de "Playtest" en limite un peu l'impact, la force émotionnelle désespérée et la tension de l'épisode (très anglais, lui) "Shut Up and Dance" permet à "Black Mirror" d'atteindre de nouveaux sommets.