Toute_LatitudeQue faire une fois que l'on a tout fait ? Lorsque l'on est un artiste reconnu et unanimement célébré pour son influence... mais que l'on réalise que l'on ne traversera jamais le "plafond de verre" du vrai succès populaire ? C'est le genre de question qui doit traverser l'esprit de Dominique A, après le triomphe artistique qu'aura été son "Eléor", sans doute son meilleur disque, et qui n'aura rien changé à son statut.

"Toute Lattitude" est marqué en tous cas par le doute - carburant des plus efficaces, on le sait - mais aussi une indéniable confusion : entre revenir en arrière vers l'électronique rêche des (remarquables) débuts, répéter des mélodies qui laisseront une vague impression de "déjà entendu" ("la Mort d'un Oiseau" en écho cruel du fameux "Courage des Ouseaux"), et tenter une nouvelle fois - pas toujours avec succès mais c'est le prix à payer - de nouvelles ambiances, cet album, qui en fait peut-être un peu trop, ne tranche pas. Emballées dans un demi-concept d'album bruyant en attendant un autre, plus calme nous annonce-t-on, quelques mois plus tard, enveloppées dans une pochette curieuse mais pas très réussie, les nouvelles chansons de Dominique A dégagent un rude sentiment d'inconfort. Un peu comme si l'on en était revenu à l'époque polémique de "Remué", quelques fois pour le meilleur (le secouant "Corps de ferme à l'abandon"), et d'autres pour le presque pire (le pénible "Des deux côtés d'une Ombre"). Dans l'ensemble, "Toute Latitude" est un album qui sourit peu, sans doute parce que comme tout artiste conscient des défis de l'époque (le sincère mais maladroit "Se décentrer"), et comme tout homme ayant l'âge où l'amour ressemble plus à un lendemain de défaite, Dominique A sait qu'il y a peu de raisons de se réjouir.

On regrettera quand même que, sans pour autant marquer une baisse de qualité dans sa discographie grâce à une bonne poignée de nouvelles chansons magnifiques (comme "Toute Latitude", justement...), ce nouveau Dominique A n'ait pas réussi à transcender malaise et incertitudes, et à transformer le plomb en or. Peut-être doit-on émettre l'hypothèse, surtout après avoir vu le "grand chauve" en scène livrer de nouvelles performances nerveuses et intenses sans jamais parvenir à "se lâcher", à basculer dans l'extase ou l'hystérie qui caractérisent le talent des grands performers Rock, que ce "plafond de verre", c'est lui-même qui l'a construit. Qu'une certaine impuissance fait partie de l'essence de la musique de Dominique A, rendant finalement illusoire le fait d'avoir "tout latitude" dans ses choix et ses mouvements. C'est peut-être là le doute secret qui empoisonne ce bel album inaccompli.