Réglez-lui-son-compteSan Antonio - l'oeuvre, plutôt que l'écrivain - occupe une partie importante de mon adolescence, et sera toujours indéfectiblement liée à mon amitié pour Michel, l'une des meilleures personnes que j'aie jamais rencontrées. Et un fan absolu des aventures picaresques de l'immortel inspecteur du contre-espionnage français qui porta longtemps bien haut les couleurs de son pays, à une époque où le politiquement correct n'avait pas été inventé.

La publication de l'intégrale (ouaouh !) des aventures du héros hâbleur et baiseur de Frédéric Dard est l'occasion de me confronter à ces souvenirs de lectures hilarantes que j'ai longtemps parqués dans une zone un peu honteuse de ma mémoire (car ce n'est pas du Flaubert ou du Proust, on est bien d'accord... même s'il n'est pas interdit par contre d'y voir un peu d'influence "célinienne" !).

"Réglez-lui son Compte", le premier San Antonio, s'avère logiquement une douche froide par là-dessus : Dard n'a pas encore trouvé ni son style si particulier, ni même ses personnages, et fait ses gammes dans la copie du nouveau polar américain (Peter Cheyney en particulier), dont il transpose l'énergie et la saine trivialité dans la France très sclérosée et frileuse de l'après-guerre. Si cette démarche est déjà furieusement sympathique, et si le bouquin marche à l'énergie, force est d'admettre que Dard ne fait encore guère d'étincelles entre une intrigue pour le moins hésitante et un style qui se cherche.

On ne lui en voudra certainement pas, tout le monde doit bien débuter, et il est clair dès ce "premier San Antonio" que le jeune écrivain a en sa faveur une foi en son propre destin qui va soulever les montagnes !