Stranger_Things_Season_1 posterLa fascination toujours vivace de nombre de cinéphiles pour le cinéma fantastique et de science-fiction de la fin des années 70 et des années 80 demeure généralement un mystère pour ceux qui, comme moi, ont vécu cette période alors qu'ils étaient déjà adultes. Certes, nous eûmes droit à de bons films de l'ami Spielberg alors au sommet, et nous découvrîmes un John Carpenter bien pugnace, mais pourquoi donc vénérer jusqu'à l'esthétique crapoteuse de ce cinéma dont la seule vraie qualité était en fait l'innocence des premières fois ?

Or, s'il y a bien quelque chose qui fait totalement défaut à "Stranger Things", c'est l'innocence : il ne s'agit ici guère que de recyclage de personnages, de situations et d'ambiances emblématiques, destinées à exciter certaines réactions pavloviennes chez le téléspectateur peu regardant. "Super 8" labourait déjà le même sillon, mais le faisait au moins avec un talent complètement absent ici : "Stranger Things" pourrait même être l'exemple parfait de tout ce qui va mal dans l'univers de la série TV, enfant gâté de notre époque qui se croît tout permis : une écriture sans aucune rigueur, le format long permettant la redite et les scènes inutiles, une grande négligence quant il s'agit de la cohérence des personnages et des situations, et un manque de talent total de la mise en scène des Duffer Brothers, en particulier, qui n'ont visiblement rien appris de leurs maîtres en termes de gestion de l'espace et de création d'une ambiance anxiogène. Si ce sont souvent les acteurs qui rachètent les mauvaises séries, ce ne sera malheureusement pas le cas ici, entre les enfants et ados tout juste passables, et le retour d'une Winona Ryder et d'un Matthew Modine (quelqu'un se souvient ici de "Birdy" ?) tous deux caricaturaux et improbables.

Bref, on s'ennuie ferme (et on s'irrite régulièrement) durant 5 épisodes qui nous font douter du bon goût de ces milliers de fans extatiques qui ont créé le buzz autour de "Stranger Things", avant que l'histoire finisse par prendre et se conclure de manière à peu près acceptable, sans néanmoins que rien ne vienne fondamentalement nous faire changer d'avis sur l'incompétence générale et le manque d'imagination qui caractérisent cette première saison. Spielberg, Carpenter (et Stephen King...) méritent décidément de meilleurs héritiers...