Handmaid afficheRéussite absolue, choc intense - voire traumatisant dans ses trois premiers épisodes pour le moins radicaux -, "The Handmaid's Tale" ouvre sous nos pieds un gouffre vertigineux, faisant parfaitement écho aux angoisses les plus torturantes de notre pauvre époque : la montée du fondamentalisme religieux, le fascisme inhérent à la société américaine, l'explosion exponentielle des effets de la destruction de notre environnement, la fragilité de la démocratie et des récentes victoires de l'égalité des sexes... tout y est, et brillamment combiné en un cocktail à la fois enivrant et dévastateur.

Même si le roman originel - que je n'ai pas lu - est certainement essentiel à la réussite de la série grâce à l'invention d'une forme d'esclavage particulièrement abject, il faut louer l'ambition de Bruce Miller et de son équipe qui n'ont fait à aucun moment de compromis quant à leur vision radicale d'un présent dystopique à la cruauté asphyxiante - et pourtant complètement crédible tant il prend racine dans une réalité qui est bel et bien la nôtre : superbement mis en scène, la plupart des épisodes de cette première saison - avec une mention particulière pour les trois premiers, affreusement anxiogènes, et pour le dernier, émotionnellement imparable -, sont à hisser au pinacle de ce que la grande "Science-Fiction" doit être : un commentaire pertinent sur le destin de la société humaine et de ses systèmes politiques, un avertissement lucide quant au Mal profondément tapi en nous, le tout somptueusement emballé dans un divertissement formellement brillant.

Terminons en faisant l'éloge du talent bouleversant d'Elisabeth Moss, ici l'égale des plus grandes actrices, portant à bout de bras la réussite complète de ce récit de soumission (le livre de Houellebecq, si différent mais si comparable, fait écho au thème de la série, ainsi que "2084", le chef d'oeuvre de Boualem Sansal). Après "Mad Men" et "Top of the Lake", voici donc la poursuite d'une trajectoire stellaire...