The Americans 5 JaquetteOn peut considérer la cinquième saison de "The Americans", dans le prolongement logique de la quatrième, comme la meilleure à date, mais certains la trouveront sans doute par trop ennuyeuse, voire carrément soporifique. C'est que Weisberg y fait un travail de focalisation extrême sur son VRAI sujet (les dégâts causés peu à peu par leur profession sur chacun des protagonistes de cette chronique détaillée de vies consacrées à l'espionnage) et évacue désormais largement tous les aspects "thrillers" qui rendaient les premières saisons un peu ludiques. Les missions confiées aux Jennings paraissent de plus en plus injustifiées (comme cette conspiration US contre les céréales russes qui se retourne littéralement comme un gant), ou pire, moralement inacceptables (comme la pression appliquée à une famille russe ayant fui la mère patrie). Le comble de l'ambigüité est atteint dans ce qui pourrait bien être le sommet absolu de la série, l'épisode de l'exécution d'une collaboratrice de la seconde Guerre Mondiale : les répères moraux et les certitudes politiques volent en éclats et il ne reste plus que l'horreur. La description en parallèle de la corruption profonde du système bureaucratique soviétique achève de déshumaniser un monde où il n'y a aucun salut possible, entre le consumérisme sans âme américain et l'idéologie criminelle du communisme. Entre les deux, les Jennings ne savent plus choisir, et leur couple et leur famille se délitent : c'est cette perte vertigineuse de sens - un peu comme chez Le Carré d'ailleurs, mais de manière plus triviale quand même - que Weisberg met donc au coeur de sa série qui, s'approchant de sa conclusion, prend un petit air de "Sopranos"... ce qui n'est pas un mince compliment ! La noirceur du monde a tout envahi, et l'épuisement de la fiction et des personnages qui en résulte a quand même une sacrée allure !