Black Mirror S1 jaquetteL'explosion technologique des deux dernières décennies et son impact sur la société, mais également les mutations qu'elle provoque dans le corps, l'esprit, voire l'âme humaine, est probablement l'un des sujets les plus importants de notre époque. Le cinéma s'y confronte régulièrement, mais l'utilise plus comme un ressort scénaristique qu'autre chose, à quelques belles exceptions près ("Her" vient naturellement à l'esprit)... "Black Mirror", la série "d'anticipation" anglaise a droit à tout notre intérêt et notre respect pour se coltiner frontalement, audacieusement même, dans sa première saison, à des sujets comme le voyeurisme généralisé engendré par les médias et les réseaux sociaux ("The National Anthem"), l'importance croissante de la course à la célébrité médiatique et son rôle pivotal dans la consommation, voire toute l'activité humaine ("Fifteen million merits"), et l'obsession nouvelle de l'humanité envers l'enregistrement physique, la documentation et le commentaire de la moindre de ses activités ("The entire history of you").

Il se trouve en outre que ces trois premiers "épisodes", totalement indépendants, d'une durée variant entre 45 minutes et une heure, parfaitement écrits, réalisés et interprétés, sont chacun à sa manière de totales réussites à l'impact profond sur le téléspectateur. Le premier, décrivant avec une logique impitoyable un acte terroriste d'un nouveau genre, est le plus spectaculaire et avait permis de créer un buzz pour le lancement de la série, mais il est largement dépassé par les deux suivants : difficile de sortir indemne de la description horrifique de l'univers concentrationnaire du second, si loin et si proche pourtant du nôtre, tandis que la profonde intelligence du dernier en fait un veritable petit chef d'oeuvre.

La première saison de "Black Mirror" constitue donc ni plus ni moins qu'une nouvelle réussite absolue de la série moderne, mais surtout une réflexion essentielle sur l'abîme qui s'ouvre sous nos pieds, et qui menace d'engloutir ce qui subsiste encore de notre humanité. Mais c'est aussi un avertissement dérangeant : c'est bien notre conformisme vis à vis de codes sociaux de plus en plus malades, et notre instinct grégaire qui nous entraînent, tel des lemmings aveuglés par la technologie, vers le gouffre.